600 scientifiques écrivent à BNP Paribas : "Le pouvoir dont vous disposez vous interdit de vous dédouaner de vos responsabilités"

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Publié le 27 février 2023

La pression continue de monter sur BNP Paribas. Le lendemain d’une plainte déposée par trois ONG contre la banque sur son plan de vigilance, ce sont 600 scientifiques français qui ont publié une lettre ouverte à destination de son conseil d'administration. Ils appellent ses membres à démissionner si BNP Paribas continue de soutenir directement ou indirectement l’ouverture de nouveaux gisements d’énergies fossiles.

Cette fois, l’attaque ne vient pas d’ONG mais de scientifiques de renom, participant pour certains aux travaux du Giec, à l'instar de Christophe Cassou, Jean Jouzel ou encore Yamina Saheb. Au total, ce sont 600 scientifiques français qui ont signé une lettre ouverte, rédigée par le collectif "Scientifiques en rébellion", à destination du conseil d’administration de BNP Paribas. Ils appellent ses membres à démissionner si BNP Paribas continue à soutenir directement ou indirectement l’ouverture de nouveaux gisements d’énergies fossiles.

Dans leur lettre, les scientifiques rappellent en effet qu’il y a actuellement un consensus scientifique sur le fait que l’ouverture de nouveaux gisements d’énergie fossile est incompatible avec le respect de l’Accord de Paris, et donc avec la limitation du réchauffement climatique bien en-dessous de 2°C. Ils demandent à BNP Paribas "d’être à l’écoute des scientifiques, et non pas d’acteurs qui continuent contre vents et marées leur politique de fabrique du doute afin de maintenir le statu quo".

"Un mensonge éhonté"

Cette lettre ouverte a été publiée dans L’Obs le 24 février, au lendemain d’une plainte déposée par Les Amis de la Terre France, Oxfam France et Notre affaire à tous contre la banque sur son devoir de vigilance. Il s’agit du premier contentieux climatique au monde visant un acteur financier. Les trois ONG demandent à BNP Paribas de cesser tout soutien financier à l’expansion de nouveaux projets fossiles et d’exiger un plan de sortie des fossiles à ses entreprises clientes, Total Energies en tête.

La banque vient de prendre de nouveaux engagements sur le pétrole et le gaz, le charbon faisant déjà l’objet d’une exclusion depuis 2020. BNP Paribas se fixe ainsi pour objectif de réduire de 30% ses encours liés à l’extraction et à la production de gaz, et de 80% ceux liés à l’extraction et à la production de pétrole d’ici 2030, réduisant à moins de 1 milliard d’euros l’encours de financement à l'extraction et la production de pétrole, contre 5 milliards d’euros actuellement. Mais ces annonces apparaissent "largement insuffisantes" pour les ONG et les 600 scientifiques.

"L’affirmation par BNP Paribas que sa trajectoire s’inscrit pleinement dans le scénario de l’Agence internationale de l’énergie est considérée comme 'un mensonge éhonté'", écrivent-ils, rappelant les différents rapports publiés récemment. Globalement, ces-derniers "montrent que les financements de BNP Paribas ne sont pas en ligne avec l’Accord de Paris car ils verrouillent la société dans l’utilisation des énergies fossiles et rendent la neutralité carbone chaque jour plus difficile à atteindre". "L’ampleur du pouvoir dont vous disposez vous interdit de vous dédouaner de vos responsabilités sur d’autres acteurs comme les Etats ou les citoyens", insistent les scientifiques.

Des membres du CA engagés publiquement pour la sauvegarde de l’environnement

Ils interpellent plus précisément les membres du conseil d'administration de BNP Paribas qui se sont engagés publiquement pour la sauvegarde de l’environnement, tels que Marion Guillou (scientifique membre du Haut conseil pour le climat), Rajna Gibson Brandon (professeure de finance membre du Comité destratégie et de surveillance de Sustainable Finance Geneva), qui appelle dans ses travaux les entreprises et leurs administrateurs à agir pour la soutenabilité, Pierre-André de Chalendar, qui a publié un ouvrage sur l’engagement des entreprises pour le climat, Jacques Aschenbroisch (vice-président de Institut de la Finance durable) ou Jean-Laurent Bonnafé (vice-président de l’Association des entreprises françaises pour l’environnement).

Cette lettre ouverte s’inscrit dans le cadre d’actions de désobéissance civile menées par le collectif Scientifiques en rébellion, lancé en 2020. "C’était l’étape d'après, face aux échecs du Giec et à l’inaction climatique des gouvernements et de certaines institutions scientifiques. Certains ont jugé nécessaire, pour faire leur mission, de s’engager plus radicalement dans l’espace public et de prôner des actions de désobéissance civile pour alerter et peser sur les politiques publiques. C’est une autre forme de mobilisation", expliquait Jérôme Santolini, l’un des premiers signataires de la lettre, dans un entretien à Novethic.  

Concepcion Alvarez @conce1

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