En Guyane, un projet de centrale porté par EDF illustre le casse-tête de la transition énergétique

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Publié le 05 novembre 2020

Un projet controversé de centrale électrique, porté par EDF, doit voir le jour d'ici 2024 en Guyane. Elle fonctionnerait avec des biocarburants, qui ne doivent pas entraîner de changement d'affectation des sols et dont l'approvisionnement n'a pas encore été précisé. L'objectif est de remplacer une centrale au fioul très polluante qui approche les 40 ans. Mais les opposants dénoncent l'impact néfaste des biocarburants et craignent que le déploiement de la nouvelle centrale ne se fasse au détriment du photovoltaïque.  

Finalement, la centrale de Larivot, en Guyane, devrait fonctionner au biocarburant, à 100 % et dès sa mise en service. L'administration guyanaise avait donné son feu vert pour que les moteurs tournent au fioul domestique, contre l’avis de Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, avant de se rétracter dans un communiqué. La centrale, portée par EDF, sera en fait testée avec du fioul domestique mais sera convertie pour fonctionner au biocarburant pour sa mise en service prévue en 2024.

L'enjeu est crucial puisqu’il s’agit de remplacer l'actuelle centrale thermique de Degrad des Cannes vétuste et obsolète. Actuellement, elle fournit près d’un tiers de l’électricité du territoire. Mise en service en 1982, et maintenue sous dérogations successives malgré ses fortes émissions polluantes, elle devra fermer en 2023. 

L'arrêté préfectoral demande à l’énergéticien de fournir dans un délai de deux ans, une étude technico-économique de faisabilité. Les biocombustibles ne devront pas provenir de matières premières "présentant un risque élevé d'induire des changements dans l'affectation des sols", excluant notamment l’huile de palme, précise l’arrêté. Il ne fait en revanche pas mention du soja. Un défi de taille dans une région voisine des productions de soja brésilien, accusé de déforestation. 

Les écologistes opposés à toute centrale

Initialement, la nouvelle centrale de 120 mégawatts devait fonctionner au fioul domestique et être convertible au gaz. Mais après l’opposition de Barbara Pompili, une nouvelle mouture du projet a été présentée en privilégiant les biocarburants. L’énergéticien, qui n’opère pas de centrale avec ce type de combustible, est confiant et assure avoir réalisé des premiers essais concluants dans une centrale guadeloupéenne avec du colza notamment. Reste désormais à développer une filière d’approvisionnement durable en privilégiant une filière locale, alors que la forêt amazonienne est déjà sous pression et que le foncier guyanais disponible n’est pas extensible.

En outre, les opposants s’inquiètent de l’impact de la centrale et de son oléoduc de 14 kilomètres sur la biodiversité, alors que le site se trouve dans une zone de mangroves. Ils craignent enfin que le projet, surdimensionné à leurs yeux, ne vienne bloquer le potentiel de développement du solaire et proposent des alternatives. "Si une transition par le thermique reste nécessaire, elle peut se faire en évitant la construction d’une nouvelle centrale, notamment par la mise en place de groupes fuel conteneurisés sur les sites déjà exploités par EDF, sur la base du coût d’1 million d’euros par mégawatt pour ces groupes contre 4 millions d’euros pour 1 MW pour la centrale du Larivot", précise France Nature Environnement.

"Un pilier de la sécurité énergétique"

Pour EDF, la nouvelle centrale de Larivot est au contraire "indispensable pour assurer la sécurité énergétique du territoire" alors que celui-ci subit de nombreuses coupures d’électricité, "et pour faire face à la croissance de la demande". L’énergéticien assure par ailleurs que la zone de mangroves sera sanctuarisée et que deux réacteurs seront mis "sous cocon" et utiliser uniquement en cas de besoin. Le but est ainsi d’abaisser la puissance totale de la centrale et permettre le déploiement des renouvelables. Le projet est en outre adossé à une centrale photovoltaïque, fait valoir EDF.

La Guyane, territoire décentralisé, s’est fixée l’objectif de produire une électricité 100 % renouvelable à l’horizon 2030. Aujourd’hui, un peu plus de 60 % de l’électricité provient de l’hydraulique avec le barrage du Petit-Saut, auquel il faut ajouter 7 % de photovoltaïque et de biomasse. Une révision simplifiée de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est prévue d’ici la fin de l’année pour "accélérer le développement des énergies renouvelables et lever les freins à leur implantation, en particulier l’énergie photovoltaïque".    

Concepcion Alvarez @conce1

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