Éolien : le casse-tête du recyclage des pales

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Publié le 15 novembre 2021

Alors que les premiers parcs français arrivent en fin de vie, des centaines d'éoliennes vont devoir être prises en charge ces prochaines années. Or aujourd'hui, les pales ne sont quasiment jamais recyclées en raison de leur composition. Mais une innovation pourrait changer la donne. Siemens-Gamesa a annoncé en septembre la commercialisation de la première pale 100% recyclable. 

C’est un grand pas pour le secteur de l'énergie éolienne. L'entreprise espagnole Siemens-Gamesa a annoncé début septembre la commercialisation des premières pales d’éoliennes 100% recyclables : la "RecyclableBlade". Au cœur de l'innovation : un nouveau type de résine, l'époxy, qui permet de séparer facilement la fibre de verre ou de carbone utilisée pour fabriquer les pales. Selon le constructeur, un simple bain d'acide chauffé permettrait de dissocier les matériaux. Ceux-ci pourraient ensuite être récupérés pour être recyclés. Avec la résine utilisée aujourd'hui, ce processus était bien plus compliqué et peu rentable. 

De fait, aujourd'hui, les pales sont principalement broyées pour être revalorisées comme combustible ou le broyat est récupéré pour constituer de nouveaux matériaux composites. Leur enfouissement est interdit en France, sauf si l’exploitant prouve qu’il n’y a pas d’autres solutions. "C’est socialement très mal vu, souligne la chargée de mission économie et industrie de France Énergie Éolienne (FEE) Rachel Ruamps, et la réutilisation et la revente sont toujours plus avantageuses économiquement". Le marché de l’occasion se développe parallèlement dans la filière. "Des machines sont envoyées dans d’autres pays européens", ajoute la chargée de projet, comme en Russie ou en Pologne.

Des parcs à bout de souffle

Il faut dire que les innovations de recyclage des pales émergent seulement, alors que la première éolienne a été posée en France en 1991. La filière se confronte en vérité à la réalité du terrain : les éoliennes ont une durée de vie de 20 à 30 ans et les premiers parcs commencent à arriver à bout de souffle. "La question du démantèlement des parcs se pose donc depuis peu de temps, c’est une problématique récente" atteste Rachel Ruamps.

Un défi qui ne fait que commencer. Environ 300 à 500 éoliennes par an devront être démantelées entre 2025 et 2030, selon la responsable éolien terrestre au Syndicat des énergies renouvelables, Camille Charpiat, interrogée par Challenges. À l’échelle européenne, selon des chiffres de l’association pro-éolienne WindEurope communiqués à l'AFP, environ 9 000 tonnes de pales par an devront être éliminés en 2020 en Europe, 14 000 en 2023 et 25.000 tonnes en 2025.

Parallèlement la législation est de plus en plus exigeante. Un arrêté de juin 2020 oblige un recyclage d’au moins 90% de la masse des machines d’ici juillet 2022, et d’un minimum de 35% des rotors (dont les pales). D’ici 2025 ces pourcentages devront passer respectivement à 95% et 55%.

Wind turbine blade re-cycling, via Ronald Marais, @Eskom_SA. Brilliant & environmentally sustainable, encouraging waste recycling, good health, low CO2 emissions & clean human energy. Could equally be used for taxi ranks, bus stop shelters, car charging stations, parking lots... pic.twitter.com/VbTMc5xwlc

— Chris Yelland (@chrisyelland) June 22, 2020

La course est lancée

La course est en tout cas lancée. Siemens-Gamesa a annoncé avoir conclu des accords avec trois géants de l’énergie, les allemands RWE et Wpd mais aussi le français EDF Renouvelables. Et il n'est pas le seul à se pencher sur ce sujet crucial. En décembre 2020, l’Institut français de Recherche Technologique Jules Verne et un consortium d’acteurs de l’énergie éolienne, dont Engie, SUEZ, LM Wind Power ou Arkema ont lancé le projet ZEBRA visant à concevoir une pale 100% recyclable d’ici 2023, pour un budget de 18,5 millions d’euros. 

D’autres pistes plus créatives sont aujourd’hui explorées. Des pales ont par exemple été récupérées pour concevoir des tunnels et toboggans pour une aire de jeux à Rotterdam aux Pays-Bas ou pour concevoir un abri à vélo à Aalbord au Danemark.  

Pauline Fricot, @PaulineFricot

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