L’Allemagne au défi d’atteindre ses objectifs climatiques sans nucléaire… et bientôt sans charbon

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Publié le 13 janvier 2022

La nouvelle coalition allemande, dirigée par le social-démocrate Olaf Scholz, avec les Verts et les Libéraux, a fixé l'ambitieux objectif de 80 % d'énergies renouvelables dès 2030 dans la consommation d'électricité. Le pays entend ainsi réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 65 % à cet horizon. Un défi immense alors que ses derniers réacteurs nucléaires fermeront d'ici la fin de l'année et que la sortie du charbon a été avancée de huit ans.

"La tâche à accomplir est gigantesque" a reconnu Robert Habeck, le nouveau ministre de l’Économie et du Climat allemand en présentant son plan, mardi 11 janvier, pour réduire les émissions du pays de 65 % d’ici 2030. Un objectif supérieur à celui de l’Union européenne qui vise -55%. Mais pour l’instant, c’est effectivement mal enclenché, puisque les émissions nationales, après avoir diminué au plus fort de la pandémie, sont reparties à la hausse avec la reprise économique. "Il est probable que nous rations nos objectifs climatiques en 2021, 2022 et 2023", a précisé le ministre.

Il espère redresser la barre dès 2024, mais cela suppose d’accélérer nettement le rythme, d’autant que le pays entend fermer ses derniers réacteurs nucléaires d’ici la fin de cette année. Et sortir du charbon avant 2030, contre 2038 prévu initialement. Cela suppose de multiplier par trois le développement des énergies renouvelables afin qu’elles assurent 80 % des besoins en électricité. Or, celles-ci représentent actuellement 42 % du mix énergétique allemand. Dans le même temps il faudra réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 millions de tonnes par an d’ici 2030, contre 15 millions en moyenne sur la décennie 2010-2020.

"Une question qui touche profondément à la réalité sociale"

Un sacré défi que l’Allemagne entend mener à bien. Pour cela, le ministre ne lésine pas sur les mesures. Berlin prévoit ainsi d'assouplir certaines règles d'installation des éoliennes, afin qu'elles occupent à terme 2% de la surface du pays. Le développement des énergies renouvelables va ainsi être classé "d’intérêt public majeur" et sera prioritaire devant la protection de la forêt ou des espèces. Or, certaines régions, comme la Bavière, ont déjà fait savoir qu’elles refuseraient de remettre en question certaines règles comme l’écart minimal entre une éolienne et une zone d’habitation.

Le gouvernement compte également accélérer l'installation de panneaux solaires. "L'énergie solaire sera obligatoire pour les nouvelles constructions commerciales et deviendra la règle pour les nouvelles constructions privées", a ainsi indiqué le ministre. La coalition veut enfin produire 50% de son chauffage d'une manière neutre en carbone d'ici 2030 et accélérer l'isolation des bâtiments.

"Il nous a fallu 30 ans pour parvenir (à 40% d'énergies renouvelables). Il nous reste huit ans pour faire passer cette proportion à 80%", a résumé Robert Habeck, conscient des résistances locales que les nouvelles installations renouvelables pouvaient susciter. "Il ne faut pas se faire d'illusions; il ne s'agit pas seulement d'une question technique, mais aussi d'une question qui touche profondément à la réalité sociale et qui ne peut être gagnée que si elle est menée comme un débat de société".  

Concepcion Alvarez @conce1 avec AFP

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