L’incident sur l’EPR chinois à Taishan pourrait avoir des conséquences sur le nucléaire en France

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Un incident survenu sur une centrale chinoise dans le sud du pays, à Taishan, met le nucléaire français en émoi. C’est sur un réacteur tricolore de type EPR que l’anomalie et une légère hausse de radioactivité ont été enregistrées. Un coup dur pour la Chine qui veut montrer un haut niveau de sûreté pour exporter ses technologies, et pour EDF qui aspire à construire plusieurs EPR dans l’Hexagone.

La situation n’est pas très claire en Chine. Lundi 14 juin, la chaîne d’information américaine CNN révélait que des mesures anormales de radioactivité ont été enregistrées dans le réacteur n°1 de Taishan, laissant craindre une fuite. Le réacteur concerné est l’EPR, un design français. Il est opéré par une coentreprise détenue à 70 % par le chinois CGM et à 30 % par l’électricien EDF. Si EDF a immédiatement demandé des informations à ses partenaires chinois, il a fallu plus de deux jours pour que les autorités chinoises reconnaissent un "incident mineur".

Concrètement, selon les informations du ministère de l’environnement chinois et de l’Autorité de sûreté nucléaire, une hausse de la présence de gaz rare radioactif - du xénon et du krypton - a été enregistrée dans l’eau du circuit primaire du réacteur (un circuit d’eau fermé), causée par "par environ cinq barres de combustibles endommagées". Concrètement, dans la cuve du réacteur, l’uranium est inséré sous forme de pastille dans des grandes gaines métalliques. Il semblerait que plusieurs d’entre elles aient perdu leur étanchéité, sur un total de 60 000.

La hausse de radioactivité a été limitée et confinée au cœur du réacteur. L’incident n’est pas si rare. Il s’est déjà produit sur le parc nucléaire français où des gaines de zirconium ont montré une forme de corrosion. Mais si cet événement fait grand bruit, c’est que la Chine a mis un peu de temps, au regard des normes françaises ou américaines, pour le rendre public. De plus, là où le réacteur aurait sans doute été mis à l’arrêt en France pour vérification, il continue à fonctionner à Taishan.

L’image de sûreté de la Chine

L’événement tombe très mal pour la Chine et pour EDF. Pour la Chine car Pékin, devenu réellement indépendant techniquement sur l’atome, veut désormais exporter ses réacteurs partout dans le monde et doit montrer un niveau de sûreté irréprochable. Pour EDF, l’information tombe mal car, l’énergéticien français vise la construction d’une série de six réacteurs dans l'Hexagone afin de renouveler le parc domestique dont les premières tranches viennent de franchir l’âge de 40 ans. Or l’EPR a une image un peu écornée, que cet incident, même s’il n’est a priori pas imputable au design du réacteur, ne va pas arranger.

Les deux EPR de Taishan, mis en service en 2018, étaient cités régulièrement en exemple par la filière nucléaire française. Ces unités, construites par la filière chinoise, avaient plutôt bien respecté les délais et les coûts. Ces têtes de série opérationnelles contrebalançaient donc la dérive des chantiers européens. L’unité en construction à Flamanville (Manche) affiche 12 ans de retard et un doublement de son coût. Celui d’Olkiluoto en Finlande atteint 14 ans de retard. Il y a également deux réacteurs dont le chantier vient de débuter au Royaume-Uni.

L’EPR, à l’épreuve de son fonctionnement, de sa sécurité réelle et de la démocratie, est une catastrophe. Stoppons ces projets !
Inquiétudes franco-américaines autour d’une centrale nucléaire chinoise - Le Temps https://t.co/5nF68M8UFf

— Yannick Jadot (@yjadot) June 14, 2021

Au-delà du cas de l’EPR, de la France, c’est la question du nucléaire en Europe qui se pose. Alors que des pays au Moyen-Orient (Irak, Arabie Saoudite) ou l’Inde et la Chine sont allants sur l’atome, l’Europe peine à lui trouver une place. Bruxelles a travaillé sur un vaste fléchage des investissements verts en faveur de la transition écologique, c’est ce que l’on appelle la "Taxonomie européenne". Or le cas du nucléaire n’a pas pu être tranché. L’incident de Taishan, survenu sur un réacteur ultra-sécurisé de dernière génération, va nécessairement donner de l’eau au moulin à ceux qui veulent mobiliser des investissements en faveur des nouveaux projets nucléaires.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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