Le gaz comme "énergie de transition" a du mal à convaincre

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Publié le 17 janvier 2022

C'est la dernière ligne droite pour la consultation sur le projet de taxonomie verte proposée par la Commission européenne. Celle-ci doit permettre d'orienter les investissements privés vers des activités bas-carbone. Mais l'inclusion du gaz comme "énergie de transition" fait polémique alors que de plus en plus d'études montrent que ce n'est pas un passage obligé pour sortir du charbon ni pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Les États membres ont jusqu’à la fin de la semaine pour se prononcer sur le projet de taxonomie verte proposée par la Commission européenne. Le texte fixe des critères de durabilité pour orienter les investissements privés vers les activités contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Problème : le gaz fossile y a été introduit comme "énergie de transition", une position largement défendue par l’industrie gazière mais dénoncée par certains pays européens, les associations environnementales et de nombreux experts.

"Je suis mitigé", réagit Nicolas Goldberg, senior manager énergie pour le cabinet de conseil Colombus Consulting. "Face à la crise énergétique que nous traversons, qui est en fait une crise gazière. Il me semble difficile de défendre le gaz fossile comme énergie de transition et inciter les financements de projets gaziers à travers cette taxonomie verte, censée promouvoir la transition écologique" ajoute-il.

Une coalition de 370 investisseurs, l’Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC), disposant de 50 000 milliards d'euros d'actifs, qui compte le géant BlackRock ou le Français Amundi, est elle aussi montée au créneau. "L’inclusion du gaz minerait la crédibilité de la taxonomie ainsi que l’engagement de l’Union européenne à atteindre la neutralité climatique d'ici à 2050. Elle saperait aussi les efforts des professionnels de l’investissement engagés dans une trajectoire net zéro de leurs portefeuilles" écrivaient-ils dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière.

"Jusqu’à présent, le charbon a principalement été remplacé par des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique"

Une chose est certaine : le gaz est la moins polluante des énergies fossiles, à l’usage, d’autant plus quand on le compare au charbon. Mais son extraction ou son transport peut générer d'importantes fuites de méthane, un gaz à effet de serre bien plus nocif que le CO2 - son pouvoir réchauffant est 82 fois plus important que le CO2 sur vingt ans. "Parfois le gaz peut donc être pire que le charbon" alerte Anna-Lena Rebaud des Amis de la Terre. Selon le Climate Action Tracker, remplacer le charbon par le gaz ne réduirait le réchauffement "que" de 0,1°C environ.

"L’idée répandue est que sur la route du charbon vers les renouvelables, il faut passer par le gaz. Mais jusqu’à présent, le charbon a principalement été remplacé par des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique", explique Julian Popov, membre de la Fondation européenne pour le climat, président du Building Performance Institute Europe, et ancien ministre de l'Environnement et de l'Eau de Bulgarie, dans une tribune sur Euractiv. Le Royaume-Uni par exemple est sorti du charbon, avec une demande de gaz qui est restée stable. 

Si la consommation baisse, la demande peut être couverte avec du gaz décarboné

"On peut aussi se demander si les États membres ne vont pas se reporter sur le gaz plutôt que d’accélérer sur les énergies renouvelables alors qu’on assiste à un changement d’état d’esprit, y compris en Pologne sur l’éolien offshore. Investir aujourd’hui dans de nouvelles infrastructures gazières, c’est accroître encore notre dépendance au gaz importé pour 30 à 40 ans. C’est un pari extrêmement dangereux" réagit Neil Makaroff, du Réseau action climat.

En France, l’Ademe vient de publier quatre scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050, dans lesquels la part du gaz fossile est fortement revue à la baisse. "Le vecteur gaz ne disparaît pas en 2050 mais une forte baisse de la consommation permettrait de couvrir la grande majorité de la demande à venir avec du gaz décarboné (entre 82 % et 88 % selon les scénarios)", précise David Marchal, directeur exécutif adjoint à l'Ademe. Le gaz ne serait ainsi plus utilisé que là où l’électrification n’est pas possible, principalement dans l’industrie.             

Concepcion Alvarez @conce1

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