Les éoliennes en mer, innovation ou menace ?

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Le Réseau de Transport de l’Électricité a publié son rapport “Futurs énergétiques 2050” commandé par le gouvernement. Plusieurs scénarios pour atteindre la neutralité carbone sont évoqués. Le rapport encourage le développement des éoliennes terrestres, mais aussi maritimes.

La France compte bien développer ses projets de parcs éoliens maritimes. “L’éolien en mer est une énergie renouvelable qui doit permettre à la France d’atteindre ses objectifs en matière de transition écologique, notamment en produisant 40% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030.”, est-il écrit sur le site gouvernemental consacré à la question.

“Un développement significatif des énergies renouvelables”

Pour lutter contre le réchauffement climatique, le gouvernement français a commandé un rapport très attendu au Réseau de Transport de l’Électricité, publié ce lundi 25 octobre après deux ans de travaux. Les enjeux principaux sont d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Pour ce faire, le RTE a imaginé six scénarios, dans lesquels le développement des énergies éoliennes est omniprésent. “Atteindre la neutralité carbone en 2050 est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables”, indique le rapport, intitulé Futurs énergétiques 2050. Il précise ainsi que “quelle que soit la décision sur la relance d’un programme nucléaire, le système électrique de l’avenir reposera en grande partie sur les énergies renouvelables variables. Il devra gérer des cycles réguliers jours/nuits (pour le solaire) mais également des variations de production éolienne très importantes à l’échelle d’une semaine, d’un mois, voire d’une année. Il s’agit d’un défi technique majeur”.

Cependant, même si certaines associations de défense de l’environnement comme Greenpeace soutiennent l’éolien en mer, cette question suscite plusieurs inquiétudes, notamment auprès des pêcheurs. Actuellement en France, plusieurs projets sont en cours de développement, à Saint-Nazaire (pour une mise en service en 2022), dans la baie de Saint-Brieuc et à Fécamp (mises en service en 2023), dans le Calvados à Courseulles-sur-Mer (prévue pour 2024), à Dieppe mais aussi l’île d’Yeu-Noirmoutier (2026).

La biodiversité menacée ?

Le 24 septembre dernier, dans le port de Cherbourg mais aussi au Havre, près de 300 pêcheurs ont manifesté contre l’installation de ces parcs éoliens maritimes, a relaté France Info. L’ONG Sea Sheperd s’inquiète elle aussi des “impacts potentiels sur la biodiversité”, s’appuyant sur rapport émis par le Conseil National pour la Protection de la Nature, publié en juillet 2021. Des conséquences néfastes, qui pourraient concerner “en premier lieu l’avifaune reproductrice, migratrice et hivernante provenant de l’Europe entière ainsi que les chauves-souris migratrices ou locales”. Les éoliennes offshores pourraient menacer “les habitats marins et espèces les composant, notamment les poissons, crustacés et mollusques par modifications physiques, hydrologiques et chimiques”.

Greenpeace estime quant à elle que “l’énergie éolienne en mer et la protection de la nature peuvent aller de pair”, s’agissant de la mer du Nord. “Une conception respectueuse de la nature lors de la construction de nouveaux parcs éoliens doit être la norme. Autrement dit, il faut que le parc éolien et son infrastructure atténuent les effets négatifs et apportent, là où c’est possible, des effets positifs sur la biodiversité”, peut-on lire sur son site.

Dans son rapport Futurs énergétiques 2050, le RTE souligne que “l’acceptation de l’éolien et du solaire est une problématique d’intégration dans le cadre de vie avant d’être environnementale”. Il précise : “cette problématique du «surgissement» des infrastructures alimente une grande partie de la controverse sur les éoliennes ou les grands parcs solaires et du débat sur leur acceptabilité par la population française. Cette problématique est donc, en premier lieu, de nature esthétique ou patrimoniale”.

Un enjeu économique

Le site gouvernemental « Éoliennes en mer” affirme que “cette filière énergétique offre de nombreux potentiels”. Outre la productivité (le vent en mer étant plus fort que sur la terre, les éoliennes produisent davantage), cette dernière “affiche des coûts à la baisse qui en font une des filières d’énergie renouvelable les plus compétitives. Les coûts du futur parc éolien en mer de Dunkerque sont à un niveau proche des prix de marché de l’électricité”, et il permettra de “créer des emplois”.

Le rapport du RTE semble appuyer ces arguments : “Par rapport à l’approvisionnement en énergies fossiles, le coût du système électrique est plus stable. Il dépend de paramètres qui peuvent être pour partie maîtrisés : l’essentiel de la chaîne industrielle du nucléaire se situe en France, les principaux composants des éoliennes en mer sont fabriqués en France (pales, nacelles, sous-stations électriques) ou en Europe (câbles), et les Etats européens se dotent d’une stratégie hydrogène visant à en maîtriser les composants clés (électrolyseurs, logistique aval)”. Il ajoute : “Dans l’ensemble, la politique suivie par la PPE (Programmations Pluriannuelles de l’Energie), en intégrant le coût initial de développement des éoliennes en mer et leur raccordement, ne conduit pas à une forte augmentation des coûts du système.”

Mais selon Benjamin Fremaux, expert associé énergie et climat à l’Institut Montaigne, le coût de l’éolien offshore est “exorbitant”. Dans cet article publié par Les Échos, l’expert explique que “l’Etat a mis les moyens en décidant d’accorder à ces projets plus de 30 milliards d’euros de subventions sur une période de vingt ans. Des montants financiers colossaux à mettre en regard de la puissance modeste de ces projets, 3 gigawatts”. Il déplore aussi le prix des tarifs français, qui “oscillent entre 180 et 200 euros par mégawattheure”, tandis que la France “bénéficie de conditions de vent moins favorables qu’en Europe du Nord”.

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