Objets connectés : le compte n'y est pas

Il y a 8 années 360

L'offre est pléthorique. Les objets connectés ne permettent pourtant pas de maîtriser la consommation d'énergie domestique. Et ils ont eux-mêmes un impact environnemental non négligeable. Les discours marketing cachent mal les limites de leurs technologies.

Les effets d'annonce se succèdent. Ils visent à vanter les vertus des objets connectés en matière d'économie d'énergie domestique. Thermostats et autres capteurs reliés à une box énergie permettraient de piloter à distance, via internet, chauffage, chauffe-eaux et prises électriques. Une telle installation, dite « intelligente », optimiserait nos consommations d'énergie. Mais en pratique, qu'en est-il ? Un premier constat s'impose : les objets destinés à améliorer le confort domestique restent peu prisés du public. Seulement 2 % des logements résidentiels en Europe en sont équipés. À y regarder de plus près, ces nouvelles technologies manquent d'efficacité écologique. Leur coût, prohibitif, n'incite pas non plus les ménages à s'équiper.

« Dès qu'on s'intéresse à un système nouveau, il faut raisonner en Analyse du cycle de vie (ACV) », commence Alain Anglade de l'Ademe. Un exercice complexe qui permet d'évaluer l'impact d'un produit sur l'environnement, de l'extraction des matières premières jusqu'à son traitement de fin de vie. S'il n'existe aujourd'hui pas d'étude précise pour le secteur résidentiel, les résultats disponibles pour les bâtiments collectifs sont peu encourageants : « En France, il existe déjà beaucoup d'intelligence pré-embarquée dans les équipements. Les thermostats par exemple. La question est de savoir ce qu'il faut rajouter comme technologie pour que le jeu en vaille la chandelle ». Selon Alain Anglade, l'impact environnemental de la fabrication des circuits électroniques est souvent trop lourd pour justifier les économies d'énergie réalisées.

Deux fois la consommation mondiale d'Internet

L'ingénieur de l'Ademe a cherché à calculer la quantité d'électricité nécessaire à ces réseaux intelligents. De la consommation des objets électroniques aux requêtes Internet pour faire fonctionner le système, les chiffres sont loin d'être négligeables : « l'ensemble de la consommation électrique des capteurs aujourd'hui installés, soit 12 milliards en 2013 selon une étude du cabinet Gartner, représenterait deux fois la consommation mondiale d'Internet ! », explique Alain Anglade, en prenant une consommation moyenne de deux watts par capteur.

Cette consommation électrique met donc à mal le bilan énergétique de ces objets. Une étude de l'UFC-Que choisir? sur le produit Wiser, produit par Schneider, met aussi en évidence le coût de ce type d'installation. L'équipement d'un logement de trois pièces revient environ à 1 000 euros. Un montant qui n'inclut pas les frais d'installation de cette box. Conséquence ? Les 30% d'économie d'énergie annoncée par le groupe devraient plutôt être ramenées à 10-15%. Il faudrait donc près de dix ans pour amortir son équipement.

Offre pléthorique et concurrence féroce

Une étude d'un cabinet britannique, Waide Efficiency Strategy , portant sur le potentiel d'économie d'énergie grâce à l'automatisation des bâtiments, montre également que l'utilisation est aussi importante que les technologies elles-mêmes. Un exemple : si les consignes de température pour lancer le chauffage ou la climatisation sont trop proches, les deux systèmes peuvent se mettre en marche en même temps. Ce rapport pointe aussi les difficultés liées à la surenchère dans l'innovation. Les meilleures technologies disponibles ne sont pas forcément celles qui bénéficient d'une promotion commerciale. L'offre est en effet pléthorique et la concurrence féroce entre les différents opérateurs.

Plusieurs critiques sont également suscitées par la fragilité de ces systèmes connectés à des centres de données. Si le pilotage d'une chaudière passe par un data center à Singapour, au moindre problème de réseau, le système ne fonctionne plus. Ces systèmes informatiques sont également très exposés au piratage. Les organisations de défense des libertés individuelles s'inquiètent des quantités de nouvelles données personnelles que ces réseaux mettent en circulation. L'achat par Google de Nest Labs, une start-up spécialisée dans les thermostats et les alarmes anti-incendie connectés à Internet, montre l'intérêt des géants du Web pour ce secteur.

Ces objets connectés ne sont pourtant pas condamnés à rester classer dans la rubrique gadgets. Alain Anglade reste optimiste, estimant que « de nouvelles réponses intéressantes pourraient venir de certaines start-ups qui allient à la fois une approche cycle de vie et une approche sociologique pour concevoir leurs produits ainsi que de capteurs très basse consommation de nouvelle génération».

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