Pour résoudre la crise énergétique, les ministres de l'Energie turbinent

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A l'approche de l'hiver, comment protéger l'Union européenne de la flambée des prix de l'énergie, qui impacte déjà durement citoyens et entreprises? Les ministres de l'Energie des pays de l'Union européenne se réunissent vendredi pour débattre des solutions émises par la Commission européenne.  Aucune décision formelle n'est attendue de cette réunion. Mais elle donnera à Bruxelles des indications sur les préférences des Etats membres et donc sur les options les plus susceptibles d'être soutenues puis mises en oeuvre.

Le catalogue de propositions formulées par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sert de base aux discussions. Parmi elles, figurent un plafonnement du prix du gaz russe, mesure demandée de soutien réclamée par l'Ukraine, une redevance pour les centrales énergétiques hors gaz, une réduction de la demande en électricité de l'UE, ainsi que des lignes de crédit d'urgence pour les entreprises énergétiques aux contraintes accrues.

Ces mesures viendraient s'ajouter au plan d'urgence déjà proposé en juillet par la Commission européenne, afin de reprendre la main face aux pressions russes. Voté en un temps record le 26 juillet, ce plan prévoit une réduction volontaire de 15 % de la consommation de gaz dans les huit mois. En cas de grave pénurie de gaz,  cette réduction pourrait se transformer en mesure obligatoire.

Pas de solution en Europe pour remplacer 25% du gaz russe

En hausse continue depuis le début de la guerre en Ukraine, les prix du gaz ont connu une flambée de 30% lundi après la décision de Moscou d'arrêter sine die le gazoduc Nord Stream 1, qui alimente l'Europe. Le prix de référence du gaz en Europe a grimpé jusqu'à 272 euros le mégawattheure lundi.  Cette sensibilité aux approvisionnements russes s'explique par la forte dépendance de l'Union européenne aux hydrocarbures russes.  A l'échelle de l'Union européenne, 36 % du pétrole provient de la Russie et 41 % du gaz. Mais les européens sont plus ou moins dépendants de Moscou et ne sont pas tous logés à la même enseigne.  Pays enclavés, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque sont par exemple dépendants à presque 100% du pétrole acheminé par l'oléoduc Droujba. Ils ont par conséquent obtenu un délai d'un an sur l'embargo imposé au pétrole russe. 

Pour ce qui est du gaz, l'Europe n'a pas de solution de remplacement pour 25 % du gaz russe, soit 10 % de notre consommation. Pays par pays, les situations sont très contrastées. La Pologne a engagé depuis des années des efforts importants pour "dérussifier" ses approvisionnements : elle importe à prix d'or du gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et des Etats-Unis. Les trois pays baltes ont décidé de se passer de gaz russe d'ici la fin de l'année. La Bulgarie, très dépendante de Moscou sera interconnectée à la Grèce à compter du 1er octobre, qui doit être mise en service le 1er octobre prochain, et sur la production d’Azerbaïdjan. 

Le pays qui se trouve dans la situation la plus critique est l'Allemagne: elle importe près de 60 % de son gaz de Russie et ne dispose pas de terminal de regazéification. 

Consensus sur l'octroi de liquidités aux entreprises, désaccords sur le plafonnement des prix du gaz

Sans surprise, les solutions avancées par les diplomates européens tiennent donc compte du mix énergétique propre à chaque pays. Un consensus semble se dessiner, selon des diplomates, en faveur de mesures de liquidités aux entreprises. Certains membres du bloc se sont aussi exprimés en faveur d'une réduction de la demande énergétique. 

La question du plafonnement des prix du gaz russe est bien plus clivante. Cette proposition n'est soutenue jusqu'à présent que par une minorité de pays.  Les pays baltes y sont les plus favorables: ils souhaitent priver Moscou de revenus pour financer les opérations militaires, comme le souhaite Kiev.

Les gouvernements réfractaires à cette idée doutent que cette mesure aide à faire baisser les prix car la Russie ne livre déjà plus à l'Europe que de faibles flux de gaz : les livraisons de gaz russe vers l'Europe, via trois principaux gazoducs, ont chuté de près de 90% au cours des douze derniers mois, selon des données fournies par Refinitiv.  "Notre intention première est de faire baisser les prix. Un plafonnement du gaz russe seulement ne fera pas baisser les prix", estime par exemple la ministre belge de l'Energie, Tinne Van der Straeten.

Dans l'hypothèse où l'Europe appliquerait cette mesure, elle s'expose de surcroît à un arrêt total des exportations russes.  Le président russe Vladimir Poutine a prévenu mercredi que son pays arrêterait de fournir l'Europe en gaz si l'UE instaurait un plafonnement sur les prix. Pour le moment, Moscou met en avant des problèmes techniques liés aux sanctions occidentales prises contre la Russie à la suite de l'offensive en Ukraine.

La France a indiqué être prête à le plafonnement des prix du gaz russe acheminé par gazoducs. Mais, selon une source diplomatique française, un tel plafonnement serait toutefois difficilement applicable au gaz naturel liquéfié (GNL) et il serait préférable de mettre en place des plateformes d'achats communes au niveau européen.

L'idée de limiter les revenus des électriciens crispe certaines capitales

L'idée de limiter les revenus des électriciens, afin d'utiliser ces fonds pour réduire les factures des consommateurs, suscite également des crispations dans certaines capitales européennes. Bruxelles propose de plafonner à 200 euros par mégawattheure le montant perçu par les générateurs d'énergie hors gaz. La France, qui abrite le plus grand réseau européen de centrales nucléaires, a mis en doute le principe d'un plafond identique indépendamment des modes de production. "Le fait d'avoir un plafond qui est le même pour toutes les technologies et pour tous les Etats membres nous laisse encore quelques questions", a-t-on déclaré au cabinet de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

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