Recherche et développement de l'énergie : l’AIE recommande de tripler les investissements publics

Il y a 7 années 296

Dans un rapport consacré à l’innovation technologique dans le domaine de l’énergie, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) salue les efforts déjà réalisés en matière d’économies d’énergie. Mais elle insiste sur le rôle clé des gouvernements pour accélérer ce mouvement, et ainsi limiter la hausse de la température moyenne globale sous la barre des 2°C d’ici la fin du siècle.

17 milliards de dollars, c’est le montant annuel dépensé par les gouvernements du monde entier pour la recherche et le développement dans l’énergie. C’est bien trop peu selon l’AIE, qui recommande un investissement trois fois supérieur pour limiter la hausse de la température moyenne globale sous la barre des 2°C d’ici la fin du siècle (objectifs du 2DS), dans son rapport Energy Technology Perspectives 2015 publié ce lundi 4 mai.

"L’éolien onshore et le photovoltaïque ont fait leurs preuves. Personne n’imaginait de tels résultats il y a encore dix ans. Cela montre bien le pouvoir de l’innovation. C’est la clé pour lutter contre le réchauffement climatique", assure Maria Van der Hoeven, directrice exécutive de l’AIE. "Mais nous ne pouvons pas nous contenter du niveau actuel des énergies décarbonnées, il faut aller plus loin". L’AIE estime que près de 30% de la réduction des émissions industrielles de CO2 en 2050 proviendra de nouveaux processus innovants, en cours de développement ou de démonstration aujourd’hui.

Des obstacles politiques au déploiement à grande échelle

Pour accélérer la dynamique, l’agence compte sur un soutien plus important des gouvernements. "Il est important de mettre en place des politiques publiques adaptées aux différentes technologies, selon leurs différents stades de maturité", explique Didier Houssin, directeur des politiques et des technologies énergétiques durables à l’AIE. "Des mécanismes [incitatifs], à travers des subventions et des tarifs de rachat intéressants par exemple, peuvent favoriser la création d’un marché initial. Et des politiques encadrant le marché peuvent assurer un déploiement à grande échelle et encourager les investissements privés". Car il est aussi indispensable de mobiliser les capitaux du secteur privé, via notamment la mise en place de partenariats public-privé.

Parmi les secteurs à soutenir, l’éolien et le solaire qui pourraient assurer 22 % de la réduction annuelle des émissions du secteur de l’électricité en 2050. "Aujourd’hui, les obstacles au déploiement à grande échelle de ces technologies ne sont plus techniques, mais politiques. Le facteur clé est la stabilité du cadre politique et une réglementation du marché pour donner des signaux positifs aux investisseurs et les rassurer", précise Didier Houssin. En Allemagne, le photovoltaïque est devenu rentable grâce à un cadre politique et des conditions marché incitatifs, ainsi que des investissements importants dans l’innovation, précise-t-il.

Énergies renouvelables, capture et stockage du carbone sont à privilégier

Autre approche à encourager, selon l’AIE, le captage et le stockage du carbone (CSC) qui pourraient contribuer à hauteur de 13 % à la réduction des émissions de CO2 dans le scénario des 2°C. "La première plateforme de CSC au Canada a montré des résultats encourageants", estime Didier Houssin. "Il est important de multiplier de telles expériences, qui ne sont pas suffisamment soutenues à cause de l’absence d’un prix carbone". Mise en service en octobre dernier par la société publique SaskPower, elle est regardée de près par les observateurs du monde entier, qui attendent les preuves de sa viabilité économique.

Enfin, l’AIE recommande un transfert de compétences vers les pays émergents et le développement d’une coopération internationale sur l’innovation. "Nous aurons besoin des pays émergents", insiste Maria Van der Hoeven. "Le partage de connaissance sur l’innovation est essentiel pour nous assurer une sécurité énergétique. Il est important d’ouvrir l’AIE à des pays comme la Chine, le Brésil, ou le Mexique, avec qui nous collaborons déjà".

Mise en place d’une réelle coopération internationale

Aujourd’hui, 80% des brevets sur les énergies propres se situent dans les pays de l’OCDE, alors que 75% des besoins concernent les pays émergents. L’AIE suggère alors aux pays émergents de profiter de la construction de leurs infrastructures pour déployer des technologies à bas carbone, et aux pays de l’OCDE de soutenir ces initiatives. Une démarche qui peine encore à se concrétiser.

Alors que le Fonds vert pour le climat a justement été créé en 2009 pour transférer des fonds des pays les plus avancés à destination des pays les plus vulnérables, seuls 42% des montants promis, soit 4 milliards de dollars, ont effectivement été versés au 30 avril.

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