BHP se débarrasse de son pétrole et de son gaz... mais ne favorise pas la transition énergétique

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Un an après avoir amorcé sa sortie du secteur du charbon thermique, le géant minier australien BHP a annoncé la cession de ses activités de production de pétrole et de gaz à un concurrent local, Woodside Energy. L’impact climatique réel de cette stratégie est remis en cause par des actionnaires. 

BHP tourne définitivement la page des combustibles fossiles. En cédant sa division pétrole et gaz au producteur indépendant Woodside Energy, le plus grand groupe minier au monde acte une nouvelle étape de son recentrage vers les minerais "verts" (cuivre, cobalt, nickel). Bien qu’en première ligne pour réclamer une stratégie de transition, les actionnaires ont accueilli tièdement cette décision, qui défausserait l’entreprise de sa responsabilité climatique.

Cette annonce fruste l’ambition d’un petit groupe d’actionnaires, soutenu par l’organisation Market Forces, qui ont déposé une résolution en vue de l’assemblée générale de l’entreprise à l’automne. Elle réclamait, précisément, de ne pas céder les actifs pétroliers et gaziers, mais plutôt de les conserver et d’en organiser le démantèlement dans de bonnes conditions environnementales.

En effet, outre quelques projets pétroliers dans le golfe du Mexique, BHP cède d’importants actifs gaziers en Australie à son ancien concurrent. Spécialiste de la production de gaz naturel liquéfié (GNL), Woodside Energy pourrait devenir, selon le cabinet spécialisé WoodMackenzie, l’un des premiers exportateurs mondiaux de GNL grâce à cet achat. D’autant plus que Woodside ne manquera pas de relancer les investissements dans des projets relativement délaissés par BHP.

Un nouveau géant pétrolier

L’opération est plutôt une fusion qu’une vente : la valeur des actifs vendus par BHP (13 milliards de dollars) est presque égale à celle de l’acquéreur Woodside (15 milliards de dollars). La nouvelle entreprise combinée a une taille suffisante pour se placer parmi les grands acteurs du secteur des combustibles fossiles dans la région Asie-Pacifique.

Ces éléments alimentent le débat sur l’impact climatique réel du virage stratégique du géant minier australien. Il se rend plus attractif aux investisseurs en sortant précipitamment d’un secteur des combustibles fossiles à l’avenir incertain : cependant, ni Woodside, ni Glencore (qui lui a racheté une mine de charbon en juin) n’ont prévu à court terme de diminuer leur production. BHP se défausse donc sur d’autres acteurs des risques liés à la transition climatique : une stratégie habile, mais sans bénéfice climatique tangible.

Paul Kielwasser

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