BP déprécie 17,5 milliards de dollars d’actifs afin de refléter la réalité du marché pétrolier

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Le pétrole cher ne reviendra pas, la demande pétrolière va se réduire et la taxe carbone va peser lourd sur les prix. Voici ce qu’il faut comprendre de la dernière annonce du pétrolier BP qui revoit la valeur de son portefeuille d’actifs pour l’aligner sur l’état du marché pétrolier durement touché par la crise du Covid-19 et par son objectif de neutralité carbone.

À la sortie du pic de la crise du Covid-19 en Europe, c’est "opération remise à zéro" chez le pétrolier britannique BP. Celui-ci semble acter la fin des perspectives d’un pétrole cher et d’une demande infiniment croissante. Il y a quelques jours, l’entreprise avait déjà dévoilé qu’elle allait se séparer de 10 000 de ses salariés. Aujourd’hui, BP annonce une charge sur ses comptes pour dépréciation d'actifs de 13 à 17,5 milliards de dollars au 2e trimestre. La pandémie devrait se traduire par une plus faible demande d'hydrocarbures à très long terme, anticipe la multinationale.

Le groupe "a examiné et réduit (ses) prévisions de prix pour le pétrole et gaz", tablant sur "un impact durable du Covid-19 et étant donné que la transition énergétique pourrait être accélérée pendant que les pays travaillent à la reprise", écrit l’entreprise dans un communiqué. Elle mise désormais sur un prix moyen de 55 dollars par baril de Brent entre 2021 et 2050, loin des anticipations de prix très élevés qui avaient cours il y a quelques années encore.

Compétitif dans la transition

"Nous avons revu nos perspectives de prix pour refléter l’impact des efforts redoublés pour "rebâtir mieux" vers un monde cohérent avec (l’Accord de) Paris", explique Bernard Looney, le PDG de BP. En ce sens, l’entreprise a aussi pris une hypothèse de prix très élevé pour la taxe carbone à 100 dollars par tonne dès 2030. Pour le dirigeant, ces hypothèses vont dans le sens stratégique choisi par l’entreprise.

En effet, lors de son arrivée en poste en février dernier, celui-ci a annoncé la neutralité carbone pour 2050. "Je suis convaincu que ces décisions difficiles – inscrites dans notre ambition de neutralité carbone et réaffirmées par la pandémie - nous permettront d’être plus compétitifs à travers la transition énergétique", explique Bernard Looney. Cette remise à plat des chiffres du pétrolier géant reflète la notion de stranded assets (actifs échoués, en français) ces actifs qui perdent de la valeur en raison des contextes réglementaires renforcés.

BP n’est pas le premier pétrolier à réaliser une telle dépréciation d’actifs. Fin 2019, le pétrolier espagnol Repsol a annoncé une dépréciation de presque cinq milliards d’euros et l’Américain Chevron de 10 à 11 milliards de dollars. Dans les deux cas, les groupes anticipaient déjà la faiblesse du prix du baril, le renforcement des réglementations nationales sur les émissions de CO2, en passant par la montée en puissance des véhicules électriques.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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