Bras de fer entre Paris et Londres sur le financement des nouveaux réacteurs nucléaires britanniques

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La facture des nouveaux réacteurs nucléaires anglais, construits par EDF, ne cesse de flamber. Le gouvernement français (actionnaire à 100% d'EDF) souhaite que la Grande-Bretagne remette la main au portefeuille.

La France souhaite une nouvelle contribution financière du gouvernement britannique aux projets de centrales nucléaires d'EDF en Grande-Bretagne dans un contexte de forte révision à la hausse des coûts de construction, ont déclaré à Reuters trois sources au fait du sujet.

L'électricien public français bâtit deux réacteurs de type EPR représentant une puissance de 3,2 gigawatts (GW) à Hinkley Point C (HPC), dans le sud-ouest de l'Angleterre. Mardi23 janvier, l'entreprise a annoncé un nouveau retard du projet d'au moins deux ans et un surcoût supplémentaire de 5 milliards de livres sterling (5,8 milliards d'euros) au minimum, pour une facture qui atteindrait 31 à 34 milliards (36 à 40 milliards d'euros) en valeurs de 2015.

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EDF prévoit également de construire une autre centrale nucléaire de 3,2 GW à Sizewell C, dans le sud-est de l'Angleterre, un projet qui n'a pas encore fait l'objet d'une décision finale d'investissement bien que le gouvernement britannique se soit mis en quête d'investisseurs privés l'an dernier. 

Qui doit compenser le départ d'un actionnaire chinois ?

Selon des sources interrogées par Reuters, des discussions ont eu lieu entre les deux gouvernements, et la France a fait pression pour que des fonds soient injectés dans les deux projets. L'une des sources a déclaré que, du point de vue du gouvernement français, Londres est responsable du fait que la société chinoise CGN a cessé de financer HPC, dont elle est actionnaire à 33,5%, après que la Grande-Bretagne a repris sa participation dans Sizewell C. "Paris pense que le gouvernement britannique est responsable du retrait de la CGN et qu'il ne serait donc pas illogique qu'il mette la main à la poche pour financer HPC", a dit cette source. Une deuxième source a déclaré que la fin du financement de HPC par le chinois CGN mettait "une pression excessive" sur EDF, d'autant plus au regard de l'explosion des coûts et du projet de construction de nouveaux réacteurs en France.

Un porte-parole du ministère britannique de la sécurité énergétique a déclaré que HPC n'était pas un projet gouvernemental. "Tout surcoût ou dépassement de calendrier relève de la responsabilité d'EDF et de ses partenaires et ne sera en aucun cas imputé aux contribuables", a-t-il dit. Le gouvernement britannique a annoncé lundi 22 janvier qu'il investirait 1,3 milliard de livres supplémentaires dans Sizewell C, en plus d'une promesse de financement de 700 millions en 2022 et d'une contribution de 511 millions convenue à l'été 2023.

Une troisième source a déclaré que les discussions intergouvernementales étaient au point mort et qu'une période de réflexion était nécessaire avant que les pourparlers ne reprennent.

Alors que Londres est resté ces derniers mois silencieux sur la recherche d'investisseurs pour Sizewell C, cette source n'a pas exclu que le projet puisse être menacé. "On part d'assez loin, vu les positions initiales (...), donc je pense que tous les scénarios sont à considérer."

La Grande-Bretagne a annoncé son intention d'accélérer les nouveaux projets nucléaires en mettant en oeuvre un calendrier exigeant une décision d'investissement tous les cinq ans entre 2030 et 2044, ainsi que d'étudier la possibilité d'une autre nouvelle centrale nucléaire de grande puissance.

Avec Reuters (William James à Londres et Leigh Thomas à Paris ; édité par Sophie Louet)

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