Climat : aucun des pays du G20 n’est sur la bonne trajectoire de décarbonation

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Publié le 05 octobre 2022

Une nouvelle étude, publiée par le cabinet PwC, montre qu'aucun des pays du G20 n'a pris les mesures nécessaires pour décarboner son économie, au rythme imposé par l'Accord de Paris. Cela reporte l'effort sur les prochaines années, avec une baisse de l'intensité carbone qui doit désormais atteindre 15,2 % en moyenne annuelle... contre 0,5 % atteinte en 2021. En France notamment, les émissions de gaz à effet de serre ont encore stagné au premier semestre 2022, à rebours des engagements pris.

Il va désormais falloir aller onze fois plus vite sur la décarbonation de nos économies. C’est ce qu’indique la dernière édition du Net Zero Economy Index, publié par le cabinet PwC, qui se base sur les émissions liées aux énergies fossiles dans les pays du G20. Ainsi, aucune des vingt premières économies – qui représentent 80 % des émissions mondiales liées à l’énergie – n’a respecté le niveau requis de -5 % de décarbonation en 2021. En moyenne, l’intensité carbone (soit les émissions de CO2 par point de PIB) au sein du G20 n’a reculé que de 0,5 % l’année dernière, le niveau le plus bas de ces deux dernières décennies.

Graph PWC 2022

Les trajectoires de décarbonation des pays du G20, en tonnes de CO2 par million de dollars de PIB. Source : Net Zero Economy Index 2022, PwC UK.

"Les résultats de cette année sont un rappel urgent que nous devons agir pour atteindre des objectifs ambitieux de neutralité carbone", réagit Emma Cox, responsable climat mondial au sein de PwC UK. "Désormais, il faut atteindre un taux annuel de décarbonisation de 15,2 % pour combler le fossé entre l'urgence climatique et une économie forte et durable", complète Dan Dowling, associé, stratégie et transformation Net Zero. Cela équivaut à une réduction de l’intensité carbone de 77 % d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

En Chine, des baisses d’émissions de CO2 record

Dans le détail, en 2021, le pays le plus performant sur le plan de la décarbonation de son économie a été l’Afrique du Sud (-4,6%), devant l’Australie (-3,3%) et la Chine (-2,8%). Pékin vient d’aligner un quatrième trimestre consécutif de baisse de ses émissions de gaz à effet de serre, avec un record de -8% d’avril à juin 2022, selon des données publiées par Carbon Brief.

"La dernière baisse trimestrielle a été entraînée par la crise immobilière en cours en Chine, les mesures strictes de contrôle de Covid, la faible croissance de la demande d'électricité et la forte croissance de la production d'énergie renouvelable", explique le site. "Si ces données se confirment et se prolongent, ce serait une excellente nouvelle en matière de lutte contre le réchauffement climatique", réagit sur Twitter l'économiste Maxime Combes. 

[Bonne nouvelle ?]

Les émissions de CO2 de la Chine ont diminué de 8% au deuxième trimestre 2022, quatrième trimestre consécutif de baisse.
Si ces données se confirment, et se prolongent, ce serait une excellente nouvelle en matière de lutte contre le réchauffement climatique pic.twitter.com/fAAlIepOeT

— Maxime Combes (@MaximCombes) September 19, 2022

"Des résultats très alarmants" en France

A contrario, les États-Unis (+0,1%), l’Inde (+2,9%), le Japon (+0,6%), l’Allemagne (+1,7%) et la France (+1,4%) ont tous connu des augmentations de leur intensité carbone en 2021, en partie en raison de la reprise post pandémie. L’Hexagone, qui reste l’économie mondiale la plus décarbonée parmi le G20, a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 6,4 % par rapport à 2020. Selon l'observatoire Climat-Énergie, mis en place par le Réseau Action Climat (RAC), la France ne respecte ainsi pas son objectif d’émissions nettes pour l’année 2021. "Le principal écart vient de la moindre absorption des émissions par les forêts et les sols", alerte le RAC.

Pour le premier semestre 2022, les premières estimations du Citepa ne sont pas non plus encourageantes, avec une baisse des émissions de seulement 0,6 %. Pour rappel, la France doit réduire ses émissions de 4,7 % par an jusqu’en 2030. C’est dans le secteur des transports que la plus forte hausse a été  enregistrée avec +7 % par rapport au premier semestre 2021. En revanche, l’industrie enregistre une baisse de 5 %, et le résidentiel tertiaire de 13 %.

Nouvelle très alarmante :
selon les premières estimations du CITEPA, les émissions de gaz à effet de serre n'ont quasiment pas baissé en au 1er semestre 2022 par rapport à 2021. #climat
Zoom sur les secteurs les plus émetteurshttps://t.co/eOcrdIjYDK pic.twitter.com/5xNX6ZsLln

— Anne Bringault (@AnneBringault) September 29, 2022

"Ces résultats très alarmants concernant les émissions de gaz à effet de serre au 1er trimestre 2022 doivent être un électrochoc pour le parlement : ne pas baisser les dépenses néfastes pour le climat dans le PLF2023 (projet de loi de finances, ndr) et sous-investir dans la transition serait irresponsable", commente sur Twitter Anne Bringault, la coordinatrice des programmes au sein du RAC. Les députés viennent de démarrer l’examen du Projet de loi de finances pour 2023 qui prévoit notamment 45 milliards d’euros pour le bouclier tarifaire.

Concepcion Alvarez @conce1

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