Climat : avis de tempêtes sur les pétroliers américains

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Les résultats catastrophiques des pétroliers - 77 milliards de dollars de pertes des cinq majors en 2020 - bousculent considérablement l’écosystème de cette industrie. Les actionnaires mettent la pression sur la stratégie de transition des groupes, tandis que ces derniers mettent en demeure leurs associations professionnelles de changer. Ainsi l’American Petroleum Institute, très rétif à l’idée de toute réglementation climatique jusqu’à très récemment, vient d’évoquer la pertinence d’une taxe carbone.

Il y a quelques semaines, Total avait frappé un grand coup en quittant l’American Petroleum Institute (API), la plus grande association professionnelle de pétroliers américains et l’une des plus influentes au monde. La major française estimait alors que l’Association avait adopté des positions éloignées des ambitions de l’Accord de Paris en demandant par exemple des déréglementations en matière d’émissions de méthane ou en s'opposant à l’essor des véhicules électriques. Moins engagés, d’autres pétroliers expliquaient mener une revue de leurs engagements dans les associations professionnelles.

Cette pression porte ses fruits. L'API, bousculé, affirme songer à soutenir l'instauration d'une taxe carbone pour lutter contre le changement climatique, un signe majeur de changement de l’ensemble du secteur. "L'API et ses membres continuent de discuter et de réfléchir à une taxe carbone parmi d'autres solutions afin de réduire les émissions et d'atteindre les ambitions de l'Accord de Paris" sur le climat, a indiqué à l'AFP une porte-parole de l'organisme.

Mise sous pression

Le Wall Street Journal s'est procuré un projet de déclaration dans lequel l'API se prononce concrètement en faveur d'une telle taxation, décrite comme "le principal instrument de politique gouvernementale pour réduire les émissions de CO2 tout en aidant à maintenir des prix de l'énergie abordables". La fédération se garde néanmoins d'avancer tout chiffre au sujet d'une possible tarification.

Mais le chemin va être encore long pour convaincre. À l’occasion de cette annonce, l’ONG influence Map a fait un bilan de l’histoire de l’organisation en matière d’opposition aux politiques climatiques. Ainsi, en janvier 2021, le PDG de l'API, Mike Sommers, militait encore contre toute action gouvernementale visant à engager une transition énergétique du pays.

Faye Holder, porte-parole d’Influence Map, doute de la sincérité de la démarche de l’API : "Tout changement de position de l'API sur un prix du carbone doit être envisagé dans le contexte plus large de son lobby toujours négatif sur de nombreuses autres politiques liées au climat (…). Il est clair que suite à la décision de Total de sortir de l'API, et de nombreuses autres majors pétrolières annonçant des objectifs net zéro, l'association industrielle a été mise sous pression".

Destruction de valeur

Au même moment, c’est Exxon qui a plié sous la demande d’investisseurs responsables, en particulier Engine N°1, et a dû montrer des gages sur son engagement environnemental. Ainsi, le géant pétrolier, qui a annoncé plus de 20 milliards de dollars de pertes en 2020, a été contraint de nommer à son conseil d’administration deux nouveaux membres : Michael Angelakis, directeur général de la société d'investissement Atairos et ancien président de la Réserve fédérale de Philadelphie, et Jeff Ubben ancien président du fonds activiste ValueAct Capital Partners.

Engine N°1 assure que la nomination de nouveaux administrateurs indépendants avec une expérience dans l’énergie permettra "d’assurer une rupture nette avec une stratégie et un état d'esprit qui ont conduit à des années de destruction de valeur et ont mal positionné la société pour l'avenir". Une position visiblement partagée par l'agence de notation S&P qui avaient abaissé les notes de Exxon, Chevron et ConocoPhillips en janvier dernier.

Ludovic Dupin @LudovicDupin avec AFP

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