Comment le gaz russe menace de fracturer l'Europe

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Par Antoine Izambard et Nicolas Stiel le 04.10.2022 à 16h15 Lecture 7 min. Abonnés

Mesures de rétorsion, sobriété énergétique, approvisionnements alternatifs, bouclier ant-inflation… La solidarité européenne, jusqu’alors exemplaire contre le Kremlin, affronte un moment de vérité au seuil de l’hiver.

Bruxelles

Le chancelier allemand Olaf Scholz, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron à Bruxelles, le 23 juin. 

Geert Vanden Wijngaert/Ap/Sipa

Un état de guerre permanent et hybride. Tel est devenu le quotidien du Vieux Continent depuis le coup de force de Vladimir Poutine le 24 février. Du conflit armé sur le sol ukrainien à la guérilla économique à laquelle se livrent Bruxelles et Moscou, l’Europe est dorénavant en proie à une peur d’un nouveau genre: l’anéantissement des grandes infrastructures énergétiques continentales. Depuis le 26 septembre, des fuites spectaculaires observées sur les gazoducs russes de la mer Baltique, Nord Stream 1 et Nord Stream 2, qui relient l’Allemagne à la Russie, ont fait monter la tension au maximum. Selon l’exécutif européen, pas de doute: les trous apparus dans ces tubes, hors service depuis que les robinets du gaz russe ont été fermés, mais qui ont provoqué une catastrophe écologique en libérant en deux semaines dans l’atmosphère l’équivalent de huit mois d’émissions de gaz à effet de serre du Danemark selon Greenpeace, sont un "acte délibéré" de sabotage.

Et le soupçon pèse sur le Kremlin, alors que cette attaque XXL est intervenue pile le jour de l’inauguration du gazoduc Baltic Pipe reliant la Pologne à la Norvège, devenue désormais la première fournisseuse de gaz de l’Europe. "La Russie est très présente militairement en mer Baltique et a une stratégie agressive depuis plusieurs années en matière de guerre sous-marine", souligne Sami Nurmi, directeur d’unité au sein du ministère de la Défense finlandais. Pourtant, l’intérêt d’un tel acte pour la Russie est loin d’être évident, Moscou obérant ses capacités à inonder l’Europe de son gaz à l’avenir. "L’important c’est le message envoyé, analyse Phuc-Vinh Nguyen, chercheur au sein de l’Institut Jacques-Delors. Si Vladimir Poutine en est l’auteur, il peut vouloir dire que la guerre ne se déroule plus seulement en Ukraine mais également dans la zone économique de l’Union européenne. Il dit aux Européens: 'vous êtes vulnérables'." Un avertissement reçu cinq sur cinq par Emmanuel Macron qui a ordonné début octobre une inspection de la sécurité des très sensibles câbles sous-marins connectés à l’Hexagone, qui assurent 99% de nos liaisons Internet et téléphoniques.

Communiqués, partenariat Cision

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