EDF renfloué par l'Etat à hauteur de 2,1 milliards d'euros

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Depuis le début de l'année, "EDF rencontre des difficultés qui sont liées à l'indisponibilité de réacteurs nucléaires, elle vend moins d'électricité nucléaire, du coup les revenus sont moins importants et elle a besoin du soutien financier de l'État", a expliqué ce vendredi Bruno Le Maire. Le ministre de l'Economie et des Finances a précisé sur RTL que l'Etat français participerait pour environ 2,1 milliards d'euros à l'opération d'augmentation de capital d'environ 2,5 milliards d'euros, que le groupe compte lancer "dès que possible" et qui se traduira par l'émission d'environ 510 millions d'actions nouvelles.

EDF doit faire face à une faible disponibilité de son parc nucléaire et à l'impact des décisions gouvernementales visant à limiter la hausse des tarifs de l'électricité. EDF, dont l'Etat détient 83,9% du capital, a précisé que la baisse attendue de sa production nucléaire en France cette année, liée notamment à des problèmes de corrosion sur des circuits de sûreté, devrait pénaliser son bénéfice avant intérêts, taxes, dépréciations et amortissements (Ebitda) à hauteur de 11 milliards d'euros, selon des estimations très sensibles aux prix de marché et qui seront donc actualisées.

Les cours de l'électricité se sont envolés sur les marchés depuis l'automne, une flambée alimentée par celles des cours du gaz naturel ainsi que des quotas d'émission de CO2, les droits à polluer. Mais la décision de l'exécutif d'obliger EDF à céder davantage d'électricité à bas prix à ses concurrents pour plafonner les tarifs devrait avoir un impact négatif de 8 milliards d'euros, tandis que les prix élevés lui bénéficieraient à hauteur de 6 milliards.

EDF contraint de vendre moins cher une énergie qu'elle produit en moindre quantité

La recapitalisation annoncée vendredi "est aussi un message qui est lancé aux investisseurs privés pour leur dire 'vous pouvez continuer à financer EDF et à investir dans EDF parce que EDF a le soutien de l'Etat'", a estimé Bruno Le Maire. L'Etat s'engage par ailleurs à continuer de percevoir ses dividendes en titres pour 2022 et 2023, laissant ainsi plusieurs milliards d'euros dans les caisses de l'entreprise comme il le fait depuis 2015.

"Nous avons des difficultés sur les années 2022 et 2023, le plan d'actions vise à les surmonter et à faire en sorte que nous ne fassions pas de pause dans nos investissements pour la transition énergétique (...)", a déclaré lors d'une conférence téléphonique le PDG d'EDF, Jean-Bernard Lévy.

Le groupe, qui doit faire face à d'importants besoins de financement pour prolonger la durée de vie de son parc nucléaire français, construire de nouveaux réacteurs et se développer davantage dans les énergies renouvelables, prévoit en outre de procéder à environ 3 milliards d'euros de cessions en trois ans, sur la période 2022-2024.

EDF publie des résultats en forte hausse, en 2021

EDF a pourtant annoncé vendredi de solides résultats pour 2021, avec un bénéfice net multiplié par 8, profitant notamment d'une bonne production nucléaire en France. Mais les choses se gâtent pour cette année.

EDF a publié des résultats en forte hausse au titre de 2021, tirés par un rebond de la demande, de sa production nucléaire et des prix, avec un résultat net part du groupe de 5,1 milliards d'euros (contre 650 millions d'euros en 2020), un résultat net courant de 4,7 milliards (contre 2,0 milliards), un Ebitda de 18,0 milliards (+11,3 %) et un chiffre d'affaires de 84,5 milliards (+22,4 %).

L'endettement financier net du groupe atteignait 43,0 milliards d'euros à fin 2021 et son cash-flow s'est établi à -1,5 milliard d'euros l'an passé. Enfin, EDF annonce des cessions d'environ 3 milliards d'euros en cumul sur les années 2022-2023-2024.

Macron voudrait construire 6 réacteurs nucléaires EPR

Après avoir vu le gouvernement mettre en suspens en juillet son projet de réorganisation "Hercule" d'EDF, qui devait donner au groupe de nouveaux moyens de financement, Jean-Bernard Lévy a réaffirmé vendredi la nécessité d'une "réforme d'envergure" qui "sera certainement assez proche du haut de la pile des sujets qui seront traités par le gouvernement" issu des élections présidentielle et législatives.

EDF a revu à la baisse à plusieurs reprises depuis le début de l'année ses perspectives de production nucléaire en France, avec des niveaux de 295 à 315 térawatts-heure (TWh) attendus en 2022 et de 300 à 330 TWh en 2023, à comparer avec 360,7 TWh enregistrés en 2021. Le président Emmanuel Macron vient notamment d'annoncer son intention de construire 6 réacteurs EPR en France, avec des études pour 8 supplémentaires.

Le groupe a été dégradé à de multiples reprises par les agences de notation et a dû procéder à d'importantes cessions d'actifs ces dernières années. Il avait aussi déjà dû mettre en oeuvre une augmentation de capital de 4 milliards d'euros en 2017 dont 3 milliards avaient été souscrits par l'Etat.

EDF ne fournit pas de prévisions de résultats précises pour 2022 mais le groupe espère rétablir ses ratios de dette en 2023 afin de soutenir sa notation et préserver sa capacité à emprunter dans de bonnes conditions. "Il peut d'abord se passer beaucoup d'autres choses, opérationnelles etc., et deuxièmement il y a une extrême volatilité", avec "une très forte sensibilité à l'évolution des prix", a expliqué le directeur financier, Xavier Girre.

(Sources : AFP et Reuters).

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