En Indonésie, l’explosion dans une usine de nickel relance la question d'une transition énergétique juste

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Publié le 26 décembre 2023

Une explosion en Indonésie dans une usine de traitement de nickel, métal nécessaire à la fabrication des batteries électriques, a provoqué la mort d'une vingtaine d'ouvriers. Les conditions de travail dans cette usine du groupe chinois Tsingshan Holding Group n'ont eu de cesse d'être pointées du doigt ces dernières années. Un évènement tragique qui interroge la forte dépendance de l'Union européenne aux importations chinoises. La transition énergétique sans respect des droits humains peut-elle réussir ?

18 morts et une trentaine de blessés. Voilà le lourd bilan humain provisoire de l’explosion survenue dimanche 24 décembre dans une usine de traitement de nickel en Indonésie. L'accident s'est produit vers 5h30 heure locale dans une usine de la compagnie Indonesia Tsingshan Stainless Steel (ITSS) dans le parc industriel de Morowali, sur l'île de Sulawesi, à environ 1 800 kilomètres à vol d'oiseau de la capitale Jakarta.

L'île de Sulawesi est un grand centre de production de nickel, un métal utilisé notamment dans les batteries des voitures électriques et pour la fabrication de l'acier inoxydable. La Chine a fortement investi dans des usines sur place mais les conditions de travail et de sécurité y sont souvent décriées.

Des conditions de travail décriées

Selon les premiers éléments de l'enquête, l'explosion s'est produite durant des travaux de réparation d'un haut-fourneau. Un liquide inflammable s'est embrasé, et l'incendie s'est propagé à des réservoirs d'oxygène qui ont explosé. Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré lundi que Pékin avait demandé à son ambassade à Jakarta de rechercher les causes de l'explosion, en coordination avec les autorités indonésiennes.

ITSS est une filiale du numéro un mondial du nickel, le groupe chinois Tsingshan Holding Group, qui contrôle également le parc de Morowali. En janvier, deux travailleurs, dont un citoyen chinois, avaient été tués dans une usine de fusion de nickel située dans le même complexe industriel pendant une émeute déclenchée à cause des conditions salariales et de la sécurité au travail. En juin, un accident survenu dans cette usine avait fait un mort et six blessés.

Une transition énergétique européenne entachée 

Ce énième accident relance la question des conditions sociales de la transition énergétique. Si l’Europe importe essentiellement son nickel de Finlande et Russie -malgré la guerre en Ukraine-, elle est particulièrement dépendante -à 100%-  à la Chine pour son approvisionnement en terres rares lourdes. Le 13 novembre, l’UE a d’ailleurs approuvé un projet de règlement visant à sécuriser les approvisionnements en matières premières "revêtant une grande importance économique pour l’UE et présentant un risque élevé de rupture d’approvisionnement". 

34 matières premières critiques ont été listées dont 17 considérées comme stratégiques à l’instar du nickel, du cuivre, du tungstène, du gallium ou du germanium. Ce sont justement pour ces deux derniers métaux stratégiques que la Chine vient de stopper l’exportation sur fond de guerre commerciale avec les États-Unis. Le gallium et le germanium sont pourtant indispensables dans la construction des éoliennes et des batteries électriques. L’UE pourrait entamer une action via l’Organisation mondiale du commerce (OMC) mais réfléchit à son approvisionnement à long terme. 

Reste à savoir si l’UE est prête à ouvrir des mines sur son territoire. "Une mine ne sera jamais propre, en revanche, elle peut devenir plus responsable dans sa manière de gérer l’avant et l’après extraction", explique le spécialiste Guillaume Pitron dans une interview à La Croix. En respectant les normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), l’Europe pourrait ainsi responsabiliser une partie de sa transition énergétique. Mais ce n’est pas encore gagné : la ruée vers le lithium du Portugal, qui détient les principales réserves en Europe, a été stoppée par un scandale de corruption impliquant le Premier ministre démissionnaire Antonio Costa. Une affaire qui vient donner du grain à moudre aux opposants. 

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