"Face à une attaque nucléaire, la France n'est pas prête"

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Par Alix Coutures le 21.03.2022 à 16h37 Lecture 6 min. Abonnés

INTERVIEW - Alors que Vladimir Poutine brandit la menace nucléaire, le scénario d’une escalade ne relève plus de la science-fiction. Benoît  Pelopidas, professeur à Sciences Po, fondateur du premier programme de recherche universitaire indépendant sur les questions nucléaires en France et auteur de Repenser les choix nucléaires, explique pourquoi la France n’est pas protégée face à une attaque atomique.   

Benoît Pelopidas est auteur de Repenser les choix nucléaires (Presses de Sciences Po, 2022).

Benoît  Pelopidas est professeur à Sciences Po, fondateur du premier programme de recherche universitaire indépendant sur les questions nucléaires en France et auteur de Repenser les choix nucléaires (Presses de Sciences Po, 2022).

Alexeï Vassiliev

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, Vladimir Poutine a ordonné de mettre les forces de dissuasion de l’armée russe, ce qui implique l’arsenal nucléaire, en régime spécial d’alerte au combat. Quelques jours plus tôt, le chef du Kremlin avait prévenu ceux qui “tenteraient d’interférer” avec les troupes russes “que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences (...) encore jamais connues”. L’inquiétude au sujet d’une attaque nucléaire grandit en Europe. Selon Benoît Pelopidas, fondateur du programme d’études des savoirs nucléaires Nuclear Knowledges à Sciences Po et auteur de Repenser les choix nucléaires (Presses de Sciences Po, 2022), la France a fait le pari de la dissuasion nucléaire, qui n’est pas celui de la protection.   

Challenges - La France est-elle prête en cas d’attaque nucléaire?   

Benoît Pelopidas -  Si par attaque nucléaire, on entend explosion de plusieurs ogives (la partie antérieure d’un projectile, contenant la charge destructive, ndlr) nucléaires sur le territoire, c’est-à-dire un scénario autre qu’une attaque terroriste, la France n’est pas prête. En 1954 déjà, le Service national de la protection civile notait qu’il suffisait de quinze bombes thermonucléaires pour détruire la France. L’arsenal russe comprend 4.500 têtes nucléaires aujourd’hui, sans compter les 1.500 en attente de démantèlement, et notre vulnérabilité face à ce type d’attaque demeure. C’est en parti dû à l’invention des missiles balistiques intercontinentaux, au début des années 1960. Ils se déplacent environ 20 fois plus vite que la génération précédente de vecteurs, les bombardiers. Cela produit une quasi-impossibilité d’intercepter le missile une fois lancé. L’indétectabilité des sous-marins sur lesquels certains de ces missiles sont embarqués rend impossible la destruction du missile avant son lancement. Les missiles hypersoniques que possèdent aujourd’hui la Russie poursuivent cette dynamique d’accélération qui augmente la vulnérabilité et diminue le temps de décision. Quant aux systèmes de défense anti-missiles balistiques, la France ne dispose pas de système national de ce genre et les systèmes américains ont encore des performances très médiocres lors des tests, ce qui exclut la possibilité d’une protection par l'interception face à une attaque massive. 

La Suisse dispose de 360.000 abris anti-atomiques, rendus obligatoires lors de la guerre froide, pour se protéger en cas d’attaque. Ce n’est pas le cas en France?   

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