Fermeture d’une des plus grandes usines de panneaux solaires d’Europe, la souveraineté énergétique déraille

Il y a 2 mois 404

Publié le 22 janvier 2024

L'industriel Meyer Burger pourrait bientôt fermer son usine de panneaux solaires en Allemagne, l'une des plus grande d'Europe, pour se délocaliser aux États-Unis. Alors que l'UE tente d'assurer sa souveraineté énergétique, les mesures de protection américaines contre Pékin provoquent un envahissement des panneaux solaires chinois sur le marché européen. Un coup dur.

Auf Wiedersehen, Meyer Burger ? L’une des plus importantes usines de modules de panneaux solaires d'Europe pourrait fermer ses portes en Allemagne. C’est l’annonce qu’a faite l’entreprise suisse Meyer Burger, le 17 janvier dans un communiqué. L’usine concernée est celle de Freiberg, "la plus grande production opérationnelle de modules solaires en Europe". 500 salariés sont sur la sellette. "Compte tenu de la détérioration de l’environnement du marché européen, la poursuite de la production solaire à grande échelle n’est plus viable pour le moment", écrit l’entreprise.

Une analyse partagée par l’European solar manufacturing council (ESMC) qui vise à promouvoir et à soutenir l’industrie photovoltaïque. "Nous avons besoin de mesures d’urgence robustes, puissantes et efficaces", demande la fédération. Le but de l’Europe consiste pourtant à s’émanciper de la Chine. Le continent met en place au fur et à mesure un arsenal législatif pour amoindrir sa dépendance.

Concurrences américaine et chinoise

Le règlement Net Zero Industry Act, initiative découlant du Green Deal, a ainsi pour objectif que l’Europe atteigne au moins 40% de ses besoins de déploiement des technologies propres d’ici à 2030. De manière plus globale, cette initiative est l’un des axes sur lequel Bruxelles compte s’appuyer pour parvenir à la neutralité climatique d’ici 2050.

Reste que "les calendriers de travail législatif exigés par ces réglementations impliquent une mise en œuvre dans un délai de 2 à 3 ans. D’ici là, il sera trop tard", rétorque l’ESMC. Il faut dire que le contexte est particulièrement préoccupant. Depuis que l'accès au marché américain leur est fermé, les panneaux solaires chinois envahissent l'Europe, faisant s'effondrer les prix.

D'autant que les industriels européens souffrent aussi des coûts de production et de la concurrence des États-Unis, où la production photovoltaïque locale est considérablement subventionnée depuis l'introduction de l'Inflation Reduction Act en 2022. D’où la décision de Meyer Burger de se délocaliser aux États-Unis. Là-bas, l’entreprise dit être mieux protégée contre les pratiques commerciales de Pékin. 

"Le commerce équitable est le bon ami de la transition énergétique"

En outre, les industriels européens craignent les effets du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui pourrait entraîner là-aussi des délocalisations. Mis progressivement en place à partir de 2026, il instaurera une taxe carbone aux importations européennes. "Concrètement, quand un produit rentrera dans l’Union, il paiera le prix du CO2 émis lors de sa production. Ça met sur un pied d’égalité la production d’acier dans l’UE et celui produit ailleurs dans le monde et importé dans l'UE", expliquaient en octobre dernier les ministères de l’Économie et de la Transition énergétique.

Avec cependant des risques d'effets pervers. "Si l'on prend l'exemple de la fabrication d'une portière, le fameux MACF ne s'appliquera pas aux portières fabriquées hors d'Europe car l'Union européenne a jugé qu'il est trop complexe d'évaluer le bilan carbone de produits manufacturés élaborés", explique à La Croix, Cyril Mounier, délégué général d'Aluminium France. "Il sera plus rentable d'importer d'Europe des portières fabriquées hors de ses frontières. C'est l'inverse de l'objectif de réindustrialisation recherché actuellement", fustige-t-il. Une barrière commerciale qui pourrait ainsi se retourner contre l'UE. 

L’Europe est-elle en train de perdre la bataille de la souveraineté énergétique et industrielle ? Les barrières commerciales sont-elles, comme l’affirme Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie dans un entretien à l’AFP, un frein à la transition énergétique ? L'Europe s'appuie sur une forte exigence sociale et environnementale pour assurer sa souveraineté énergétique. D’où cette nuance, apportée plus tard par Fatih Birol : "La philosophie générale est que le commerce équitable est le bon ami de la transition énergétique". L'Europe veut donc sortir par le haut de sa dépendance avec la Chine. Reste à savoir comment elle pourra le faire s'il ne reste qu'une poignée d'usines sur le territoire. 

Lire la Suite de l'Article