Guerre en Ukraine : Les craintes autour de la centrale de Zaporijia peuvent-elles freiner le développement du nucléaire ?

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Publié le 13 septembre 2022

Occupée par la Russie depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, la centrale de Zaporijia, au sud du pays, est au cœur des préoccupations. Elle est utilisée comme une arme de guerre et fait régulièrement l’objet d’attaques. De quoi interroger la sûreté des installations nucléaires dans un tel contexte et l’intérêt de s’appuyer sur cette filière pour décarboner nos systèmes énergétiques.

La centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d’Europe, occupée depuis le début du conflit par la Russie, est au cœur de toutes les préoccupations quant au risque de catastrophe nucléaire. Après un nouveau week-end de bombardements, au sujet desquels Kiev et Moscou se renvoient la responsabilité, l’Ukraine a annoncé dimanche la mise à l’arrêt du sixième et dernier réacteur en fonctionnement de la centrale.

"En cas de nouveau dommage pour les lignes de transmission reliant le site au système électrique - dont le risque reste élevé - les besoins internes (du site) devront être assurés par des générateurs fonctionnant avec du diesel", avertit Energoatom, l’opérateur ukrainien, qui réitère son appel à l’établissement d’une zone démilitarisée autour de la centrale, seul moyen selon lui d’en assurer la sécurité.

Le président russe, Vladimir Poutine, a mis en garde contre les "conséquences catastrophiques" que pourraient avoir les "attaques régulières ukrainiennes" sur le complexe de la centrale nucléaire dans un entretien téléphonique avec son homologue français, Emmanuel Macron. Ce dernier a rétorqué que "l’occupation russe" était "la cause des risques" pesant sur la plus grande centrale nucléaire d’Europe, et lui a demandé d’en retirer toutes les armes.

"C’est la première fois qu’on utilise la dissuasion nucléaire civile comme une arme"

Sur place depuis le 1er septembre, une équipe de l’AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) estime que "la situation actuelle est intenable". "Il est urgent de prendre des mesures provisoires", écrit l’instance onusienne dans un rapport très attendu, préconisant "l’établissement d’une zone de sécurité nucléaire et de protection". "Les bombardements sur le site et dans les environs doivent cesser tout de suite pour éviter de provoquer de nouveaux dommages aux installations", insiste l’AIEA.

"La situation autour de la centrale de Zaporijia marque un tournant : c’est la première fois qu’on utilise la dissuasion nucléaire civile comme une arme face à l’ennemi, qu’une centrale nucléaire fait l’objet d’un chantage dans un contexte de guerre, c’est un changement de paradigme majeur", analyse Erwan Benezet, journaliste au Parisien-Aujourd'hui en France, en charge de l'énergie et de l'automobile et auteur de "Nucléaire : une catastrophe française". "Cela va peser sur l’opinion… C’est un nouveau rappel à l’ordre sur le fait que le nucléaire est une technologie sensible", ajoute-t-il.

La catastrophe de Fukushima (Japon), en mars 2011, avait ainsi amené de nombreux pays à requestionner leur stratégie nucléaire. "À date, ce que l’on observe, c’est que tous les projets en cours continuent et même que certaines fermetures programmées de réacteurs sont repoussées en raison de la crise énergétique. Il n’y a pas de remise en cause du nucléaire dans le monde", observe Ludovic Dupin, directeur de l’information à la Sfen, Société française d'énergie nucléaire. "S’il devait y avoir un accident, ce serait différent", concède-t-il. "Mais pour l’instant, la centrale fait plutôt figure de sûreté dans un contexte de guerre qui est inédit".

Le débat public sur le nouveau programme nucléaire débutera le 27 octobre

En France, où l’indisponibilité des réacteurs a battu un record ces derniers mois (en raison d’opérations de maintenance et de problèmes de corrosion), la relance du nucléaire ne semble pas non plus remise en cause. Le débat public sur la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 d’ici 2050 aura lieu du 27 octobre au 27 février 2023, a annoncé la Commission nationale du débat public (CNDP). Il sera structuré autour de 10 questions principales, incluant l’opportunité de lancer un nouveau programme nucléaire, sa conception technique, ses conditions et conséquences de toute nature y compris face aux incertitudes climatiques et géostratégiques et aux évolutions de la société. 

Sur le terrain, les opposants au nucléaire ne relâchent toutefois pas la pression. Outre les nombreuses critiques liées au retard et au surcoût de l'EPR de Flamanville, un recours vient d’être déposé auprès du Conseil d’État contre la déclaration d’utilité publique du projet Cigéo, à Bure (Meuse), qui prévoit un centre d’enfouissement de déchets nucléaires à 500 mètres sous terre. À La Hague (Manche), la construction d’une deuxième piscine d’entreposage de combustibles usés par EDF suscite elle-aussi la contestation.  

Concepcion Alvarez @conce1

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