Infation : Exploiter le gaz minier pour limiter la facture énergétique ? Le pari de Béthune

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Et si l'inflation se prenait un coup de grisou? Alors que la flambée du prix de l'énergie dope l'indice des prix, la commune de Bethune, dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, exploite le gaz minier pour limiter la facture des ménages. En 2016, Emmanuel Macron affichait son intention d'explorer cette source pour compenser l'interdiction d'extraction du gaz de schiste. "Les gisements de gaz de houille en France sont exploitables sans fracturation hydraulique, dans un territoire au passé minier favorable. C’est une opportunité industrielle à saisir", affichait celui qui était alors ministre de l'Economie, lors du colloque Cyclope consacré aux matières premières. Cette source est reconnue officiellement depuis 2006 comme une énergie de récupération et peut donc être vendue avec un taux de TVA réduit. Composé à 90% de méthane, ce gaz est piégé dans le charbonIl est notamment connu pour les explosions qu'il provoquait - les "coups de grisou" - dans les mines.

50% d'économie sur la facture d'énergie

Dans le Nord, l'exploitation de ce gaz est déjà en cours depuis 2016 par Dalkia. Avant la guerre en Ukraine, l'énergéticien avait identifié cette source afin de se "décorréler du gaz importé", explique-t-on au sein de l'entreprise, opérateur du réseau de chaleur de Béthune. "Le grisou représente aujourd'hui environ 70% de ce réseau de chaleur, indique Julien Moulin, président de la Française de l'énergie (FDE), dont la mission est de l'extraire, avant de le fournir à Dalkia. À terme, l'idée est d'approvisionner l'intégralité du réseau à partir d'énergie renouvelable et de récupération." Car le gaz de mine présente l'avantage d'être un gaz abondant dans la région, et surtout, ultra-local. "Il y a 10 milliards de mètres cubes dans la région, se réjouit le président de la FDE. C'est-à-dire environ 50 ans de captages."

Une approche locale qui permet de faire des économies. "Nous avons une structure de coût relativement légère, indique Julien Moulin. Avec le grisou, on évite des procédés coûteux comme le transport ou la transformation." Dalkia indique que les foyers de Béthune économisent au moins 50% sur leurs factures. Des prix bas qui devraient le rester au moins 20 ans, puisque la FDE a obtenu en 2017 un contrat de concession d'une durée de 25 ans. "Notre impact environnemental étant limité, nous avons pu signer sur une longue durée", précise le président.

Le grison, pas si vert ?

Car l'extraction de ce gaz est nécessaire pour éviter une pollution importante de l'air. Si le grisou peut être capté, il peut également s'échapper dans l'atmosphère s'il n'est pas intercepté. Dans ce cas, une grande quantité de méthane - un gaz à effet de serre - se dégage. De là à parler d'énergie verte? "C'est un abus de langage dans la mesure où le grisou a une forte teneur en méthane, analyse Anna Creti, directrice scientifique de la chaire Économie du gaz naturel et de la chaire Économie du climat à l'université Paris Dauphine. Comme tous les gaz fossiles, la disponibilité de grisou décroît dans le temps. L'experte lui préfère le biogaz, une énergie renouvelable.

Pour autant, le gaz présent dans les mines est une solution locale et pourrait contribuer à renforcer la souveraineté énergétique française, sujet hautement sensible en temps d'inflation et de guerre en Ukraine. "Le système de chauffage de Béthune a eu un effet vitrine qui a démocratisé cette solution", indique Dalkia. La filiale d'EDF a d'ailleurs comme objectif de reproduire ce système dans la ville d'Avion, dans le Pas-de-Calais, où elle a répondu à l'appel d’offres de concession du réseau de chaleur urbain. "La récupération du grisou est plus compliquée dans d'autres régions, comme en Lorraine", explique Julien Moulin, qui vise lui aussi d'autres exploitations dans le Nord. Nous attendons la réponse des administrations. C'est frustrant, l'État pollue alors que nous avons la solution."

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