L'Europe menacée de manquer de pétrole face au "déclin irréversible" de la production

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Un rapport du think tank The Shift Project publié le 26 mai annonce un "déclin irréversible " de la production en pétrole des 16 pays fournisseurs de l'Union européenne, estimé à environ 12 % en 2030 par rapport au record de 2019. La découverte de nouveaux champs d'or noir ne permettra pas de compenser le déclin de production et l'Europe risque parallèlement d'être concurrencée par l'explosion de la demande dans les pays en forte croissance.

Réduire la consommation d'or noir est essentiel pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais s'émanciper du pétrole est aussi une nécessité, car la ressource, non-renouvelable, s'épuise. Dans une étude réalisée à la demande du ministère des Armées, le Shift Project annonce "l’amorce du déclin irréversible à partir des années 2030" de la production de pétrole brut des 16 pays fournissant 95 % de la ressource à l'Union européenne. Parmi eux, la Russie, l'Arabie Saoudite, l'Iran ou les États-Unis.

La chute de la production est estimée à 12 % par rapport au record de 2019 et les auteurs prédisent avant cela, "au mieux", une stabilité jusqu’en 2030. Ce déclin pourrait atteindre jusqu'à 50 % d'ici trente ans par rapport au pic de la décennie 2010-2020. Pour établir ces perspectives, le groupe de réflexion s’est appuyé sur les hypothèses de cours du brut établies par le cabinet Rystad, une société indépendante de recherche sur l’énergie qui a agrégé les ressources et réserves pays par pays et champ par champ de l’industrie pétrolière, hors gaz de schiste.

Shift petrole fournisseur UE

Épuisement des réserves

À partir de la décennie 2030, aucun potentiel de développement ne paraît à même d’enrayer le déclin de la production agrégée de brut. Cette hypothèse tient y compris en prenant en compte une hypothèse haute concernant l’évolution aux États-Unis de la production de pétrole de schiste. Environ 70 % du total des réserves de pétrole brut mises au jour dans les pays étudiés ont déjà été consommés.

Difficile d’imaginer pouvoir reconstituer des réserves suffisantes pour répondre à la demande : les chiffres révèlent que les découvertes de nouveaux champs de pétrole sont en déclin dans tous les pays et leur taille tend aussi à décroître au fil du temps. À tel point que les pétroliers sont désormais contraints de se tourner vers des sites moins accessibles. "La faiblesse des découvertes ces vingt dernières années conduit à piocher dans le patrimoine pétrolier ancien, découvert parfois avant 1980, et qui n'était alors pas mis en service car trop contraignant", détaille Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, lors d’une conférence de presse.

"Pas un éclair dans un ciel bleu"

Le sevrage s'annonce d’autant plus brutal que la demande européenne en pétrole risque de ne pas décroître aussi vite que la chute de la production, et que la région sera concurrencée par des pays en forte croissance, comme la Chine et l’Inde, où la demande en or noir risque d’exploser ces prochaines années. D'autant plus que la consommation domestique au sein même des pays producteurs, pourrait réduire leur capacité d’exportation.

"Ce n’est pas un éclair dans un ciel bleu" souligne néanmoins Matthieu Auzanneau. Le risque est connu. En janvier 2021, le responsable pétrole et gaz de la holding financière JP Morgan évoquait un "méchant déficit qui se manifestera plus tôt que prévu". Pas de quoi semble-t-il, intimider les géants pétroliers. Alors que le 28 mai, le groupe TotalEnergies soumettait sa stratégie de développement durable, le PDG Patrick Pouyanné, défendait la nécessité de continuer à rechercher du pétrole. 

Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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