L’Europe va rapidement devoir se sevrer du pétrole (et pas seulement pour des raisons climatiques)

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Une nouvelle étude du Shift Project alerte sur le manque de pétrole qui pourrait frapper l'Union européenne d'ici 2030. Le think tank recommande d'accélérer la sortie des énergies fossiles et la transition énergétique, au risque sinon d'être rattrapé par une autre crise, non plus climatique mais géopolitique.

Plus de la moitié des pays qui fournissent l'Union européenne en pétrole - la première importatrice mondiale de brut devant la Chine et les États-Unis - vont voir leur production décliner d’ici 2030, mettant en risque l’approvisionnement du continent. C’est l’alerte que lance cette semaine The Shift Project (1) en s’appuyant sur des données de l’un des cabinets de référence, Rystad Energy. Le think tank étrille au passage les pouvoirs publics pour ne pas avoir mené eux-mêmes ce travail. "Cela constitue en soi un scandale tout autant que la promesse d’une catastrophe, à moins d’un rapide sursaut" écrit-il.

L'UE s’approvisionne majoritairement en brut auprès de pays dont la production est largement mature ou d’ores et déjà en déclin. Elle pourrait ainsi connaître une baisse allant jusqu’à 8% du volume de pétrole provenant de ses sources actuelles d’approvisionnement d’ici 2030. En parallèle, la décrue de la consommation constatée depuis plusieurs années, aux environs de 0,5% par an, est très insuffisante. Les "rythmes potentiels maximums de la contraction de l’UE sont supérieurs au rythme de décrue de la consommation pétrolière" résume The Shift Project.  

Gel sans précédent des investissements

Actuellement, la production de la Russie et celle de l’ensemble des pays d’ex-URSS, Azerbaïdjan et Kazakhstan notamment, fournissent plus de 40 % du pétrole de l’UE. Or, ces pays semblent être "entrés en 2019 dans un déclin systématique", écrivent les auteurs du rapport. La production africaine, qui constitue plus de 10 % des approvisionnements de l’UE, devrait elle aussi décliner "au moins jusqu’en 2030". Le risque est aggravé par l’extrême volatilité des prix du brut au cours de la dernière décennie, qui rend incertaines les politiques d’investissement des pétroliers, et aussi par la forte croissance de la demande attendue en Asie et en Afrique.

Dès 2018, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), tirait le signal d’alarme quant au resserrement de l’offre de pétrole d’ici 2025. "Sans investissements majeurs de la part des producteurs, le monde viendrait à manquer de pétrole en 2025" prévenait-elleEntre-temps, la tendance s'est accélérée avec le “fort ralentissement aux Etats-Unis de l’essor du pétrole de schiste depuis mi-2019”, et le “gel sans précédent de nombreux projets d’investissement entraîné par l’effondrement des cours du baril depuis le début de l'année en lien avec le Coronavirus”, souligne The Shift Project.

Une transition de gré ou de force

"L’effondrement actuel va saper la capacité de l‘industrie pétrolière à gérer la production future. À terme, cela met en danger notre sécurité nationale avec un risque d'approvisionnement dans une Europe qui n’est toujours pas sevrée" analyse Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project qui pointe également un risque de déstabilisation géopolitique dans des pays pétro-dépendants "dont le maintien des capacités des productions est incertain" comme l'Iran, l'Algérie ou encore la Russie. 

“Fréquemment discutée au cours des années 2000, puis jugée nulle et non avenue du fait du boom du pétrole de schiste, la problématique du pic pétrolier constitue une raison pour sortir d’urgence du pétrole tout aussi grave et pressante que celle du changement climatique", conclut The Shift Project. “La transition énergétique doit avoir lieu de gré, pour échapper à un monde en surchauffe ; sinon elle se produira de force, (...) en raison des contraintes d’accès aux sources de ces mêmes énergies" ajoute le think tank.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir l'étude du Shift Project

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