La France orchestre une sobriété énergétique choisie sans planification obligatoire

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Publié le 06 octobre 2022

"Eviter des mesures contraignantes", c'est devenu l’obsession du gouvernement. En introduction de la présentation du "grand plan sobriété", les porte-parole de Matignon insistent : "il n’y a pas plan de réduction de l’activité en France". Pourtant, pour passer l’hiver sans coupure d’électricité, l’État vise une baisse de la consommation nationale de gaz et d’électricité de 10 % par rapport à 2019. D’ici 2024, l’objectif d’économies d’énergie visé par le gouvernement est de près de 50 térawattheures (TWh). Pour ce faire, Matignon mise sur un "État exemplaire" et des incitations aux entreprises et aux ménages.

Près de 50 térawattheures (TWh), c’est l’objectif d’économies d’énergie visé par le plan de sobriété présenté par le gouvernement et les entreprises d’ici 2024. "C’est un plan co-élaboré depuis le mois de juin avec l’ensemble des filières, explique le cabinet de la Première ministre. C’est l’aboutissement d’un travail collectif, mais aussi un point de départ. Tout l’enjeu va consister à le mettre en œuvre dans chaque secteur." Les huit secteurs économiques ont bâti "des feuilles de route qui font consensus pour éclairer les entreprises et les inciter à mener leurs propres mesures", explique-t-on à Matignon.

Outre une longue liste d’écogestes à appliquer pour réduire sa consommation d'énergie, le gouvernement et les partenaires sociaux se sont accordés sur une charte de 15 actions concrètes que les entreprises peuvent s’engager à déployer. Celles-ci vont de la lutte contre le gaspillage notamment en matière de chauffage et d’éclairage, à l'intensification de l’efficacité énergétique via un changement d’éclairage ou d’équipement informatique par exemple. La mise en place d’une mobilité plus durable avec une préférence pour le transport ferroviaire et les véhicules électriques pour se déplacer est également encouragée. Enfin, l’organisation du travail peut être repensée à l’aune de ce nouveau défi avec la nomination d’ambassadeurs de la sobriété pour "faire vivre la feuille de route de l’entreprise et sensibiliser chacune au sein de l’entreprise".

Enjeux de court terme et long terme

Pour accompagner les entreprises, l’État va aussi déployer une plateforme sur laquelle les entreprises s’engagent à poster leurs actions "pour que chacun puisse s’inspirer des meilleures pratiques", indique-t-on à Matignon. Dans cette optique de montrer la voie, l’État se veut aussi exemplaire. Ainsi, dans les administrations, le chauffage sera réduit à 19°C et même à 18°C les jours où le signal Ecowatt passera au rouge "car un degré en moins c’est 7 % de consommation d'énergie en moins", martèlent les porte-parole. Par ailleurs, le ministère de la Fonction publique s’engage à ne plus distribuer d’eau chaude dans les sanitaires des administrations. Les agents seront aussi encouragés à limiter leur vitesse de 130 à 110 kilomètres heure sur autoroute. Un réseau d’ambassadeurs de la sobriété sera par ailleurs déployé dans toutes les administrations, au plus près du terrain.

Les mesures prises répondent "à la fois à un enjeu de court terme mais aussi de long terme. Elles prévoient des changements de comportements mais aussi des changements structurels avec une diversification des approvisionnements pour répondre à des enjeux de souveraineté énergétique", souligne un porte-parole du gouvernement. Tout reposera cependant sur la mise en œuvre effective des mesures de sobriété par les entreprises, aucune mesure obligatoire n'étant prévue. Pour s'assurer que le plan fonctionne, le gouvernement prévoit de mesurer régulièrement la trajectoire de sobriété. "Nous allons faire un suivi hebdomadaire de la consommation d’électricité et de gaz, que nous comparerons aux années précédentes, ce sera cumulé avec une actualisation tous les mois par les gestionnaires de réseau (RTE pour l’électricité, GRT pour le gaz, ndr)", explique le gouvernement.

L’Allemagne, au contraire, a choisi d'imposer des mesures contraignantes à certaines entreprises. Depuis le 1er octobre, celles qui consomment plus de 10 gigawattheures par an doivent réaliser des audits énergétiques, afin d’évaluer les possibilités d’économies et de rénovation des installations d’éclairage et de chauffage. Depuis cette date, elles doivent aussi déployer des plans de sobriété énergétique, passant par des changements comme un passage à des éclairages Led, ou encore une optimisation des processus de production. Mais toutes ces mesures n’auront cependant qu’un effet limité avec une baisse de la consommation totale de gaz de 2 %, aux dires du ministère de l’Économie allemand.

Aller un cran plus loin

Les ONG appellent déjà le gouvernement à aller un cran plus loin. "Il y a plusieurs bons leviers sur la température à 19°C ou les 110 km/h sur autoroute", note Anne Bringault, coordinatrice des programmes au sein du Réseau action climat au micro de France Inter. Mais le plan manque encore d'envergure selon elle. "Ce premier plan de sobriété se concentre uniquement sur la partie énergétique mais il va falloir aborder les autres aspects (achats de vêtements neufs, consommation de viande, véhicules polluants …) qui vont chambouler nos modes de production et de consommation", ajoute-t-elle.

Une analyse partagée par l’association Négawatt, qui a publié fin septembre une cinquantaine de propositions d'actions de sobriété quantifiées pour réduire d’au moins 10 % nos consommations d’énergie d'ici deux ans. "Pour nous la sobriété, ce n’est pas juste passer l’hiver, ce sont des politiques structurantes dans le temps long, comme l’aménagement urbain ou la formation de professionnels de terrain", pointait Stéphane Chatelin, le directeur de Négawatt lors d’une conférence de presse. Selon Négawatt, des mesures réglementaires contraignantes, comme l'abaissement généralisé de la vitesse sur autoroutes et voies rapides, auraient eu un impact plus significatif.

La rédaction

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