Nouveau projet gazier en Arctique : les associations s'opposent au soutien financier de la France

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Trois ONG ont installé une sculpture de glace devant le Ministère de l'économie. Elle représente les 700 millions d'euros qui pourraient être investis dans un projet gazier en Arctique, porté notamment par Total. Les associations dénoncent un projet incompatible avec les ambitions climatiques de la France. Le gouvernement devrait rendre se prononcer à la fin du mois de mai. 

700 millions d'euros. C'est le montant vertigineux qui pourrait être investi par la France dans un projet gazier au cœur de l'Arctique russe, porté notamment par Total et le groupe russe Novatek. Trois associations écologistes, les Amis de la Terre, 350.org et Sum of Us se sont données rendez-vous mardi 20 mai à 10 heures devant le ministère de l'Économie pour contester le projet par le biais d'une sculpture de glace représentant la somme annoncée. 

Le projet Arctic LNG, prévu pour 2023, devrait permettre d’exporter à terme près de 20 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an vers l’Asie et l’Europe. Une capacité de production supérieure à celle du site voisin, celui de Yamal, qui produit 16,5 millions de GNL par an.  Total demande à l’État français de soutenir financièrement le nouveau projet par le biais de garanties à l’export. L'outil permet à l’État de se porter garant de prêts auprès de banque française. La décision d'accorder cette garantie est en suspens depuis plusieurs mois.

"Il s'agit d'argent public" dénoncent les représentantes des associations. La sculpture de glace aux huit zéro est déjà en train de disparaître. "Elle matérialise l’impact qu’aura ce projet sur les glaces de l’Arctique, explique Leyla Larbi de Sum of Us. Mais l'idée est aussi de symboliser cet argent public qui fond comme neige au soleil." À Paris ce jour-là, la météo est grise et venteuse. Selon les organisateurs la sculpture n'aura complètement fondu qu'à 22 heures. La veille, la ville de Kolezhma, au Nord-Ouest de la Russie et au bord de l'océan Arctique affichait plus de 32,7°C. "La sculpture aurait fondu beaucoup plus vite là-bas…" entend-on devant Bercy.

— Les Amis de la Terre FR (@amisdelaterre) May 20, 2021

"Anticiper la transition du secteur"

Une pétition, lancée en février 2020 et signée par 190 000 personnes, a par ailleurs été remise au ministère. Les associations espéraient des annonces, il n’y en a pas eu. Récemment interrogé par le média Reporterre, le ministre Bruno Le Maire assurait que la décision serait prise "vraisemblablement avant fin mai 2021" dans l’attente d’"analyses sociales et environnementales complémentaires". Mais d’après plusieurs sources gouvernementales, consultées par le journal Le Monde, Bercy serait plutôt favorable au projet, au nom du soutien aux exportations. Le secteur parapétrolier française réalise plus de 90 % de son chiffre d’affaires à l’export.

Un argument peu convaincant, selon Anna-Lena Rebaud, de l'association Les Amis de la Terre : "C’est un secteur qui est structurellement fragile. En France, nous avons déjà comptabilisé une douzaine de plans sociaux dans le secteur parapétrolier depuis l’année dernière. Le rôle du ministère est d’anticiper la transition, et d’accompagner les emplois de la filière.

"L’État ne peut même plus se cacher derrière l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE)", ajoute la militante. Dans un rapport rendu, l’AIE assure que l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et la limitation du réchauffement à 1,5°C d’ici la fin du siècle impose immédiatement la fin des nouveaux projets d’exploration d’énergies fossiles. Un groupe de 39 députés européens ont demandé dans une lettre adressée aux gouvernements français, allemands et italiens de ne pas soutenir le projet. 

Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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