Pour Emmanuel Macron, l’avenir de l’atome en France passe par le nucléaire militaire

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Publié le 09 décembre 2020

Emmanuel Macron voulait apporter des gages de pérennité et des perspectives à la filière nucléaire, à l’occasion d’une visite dans une usine emblématique de cette industrie mardi 8 décembre. S’il ne s’est pas engagé sur la construction de nouveaux réacteurs ou la prolongation du parc existant, il a en revanche assuré que le prochain porte-avions tricolore serait à propulsion nucléaire, une manière de pérenniser les compétences du secteur.

Mardi 8 décembre, le Président de la République s’est rendu dans l’usine historique de Framatome au Creusot (Saône-et-Loire), spécialisée dans la forge de grandes pièces destinées à l’industrie nucléaire. À l’heure où la filière est dans l’incertitude avec la fermeture récente de la centrale de Fessenheim et la dérive industrielle du chantier de l’EPR de Flamanville, Emmanuel Macron est venu apporter "des perspectives" à cette industrie, la troisième du pays en termes d’emplois après l’automobile et l’aéronautique.

"Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire", affirme le chef de l’État. Mais plutôt que le nucléaire civil, c’est la branche militaire, rarement au cœur de l’actualité, qui a eu les attentions du Président. Pour Emmanuel Macron, l'autonomie stratégique de la France, "c'est bien sûr la dissuasion, dans toutes ses composantes, c'est bien sûr la propulsion de nos sous-marins nucléaires lanceurs d'engins comme d'attaque, c'est aussi la propulsion nucléaire de nos porte-avions".

Notre avenir stratégique, aussi, passe par la filière nucléaire. J’ai décidé que le futur porte-avions qui dotera notre pays et notre Marine sera, comme le Charles de Gaulle, à propulsion nucléaire.

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) December 8, 2020

Maintenir la compétence de la filière

"J'ai décidé que le futur porte-avions qui dotera notre pays et notre marine sera, comme le Charles-de-Gaulle, à propulsion nucléaire", a annoncé le chef de l'Etat, écartant l’option d’une motorisation diesel. L’actuel navire français, entré en service en 2001, arrivera en fin de vie en 2038. Aussi, le futur bâtiment de la flotte tricolore, un mastodonte de 75 000 tonnes pour environ 300 mètres de long, devra entrer en fonction dès 2036. Cet immense chantier d’ingénierie et de construction doit permettre de préserver les compétences "techniques, technologiques et industrielles sur toute la filière", assure Emmanuel Macron.

Cette annonce permet au Président de la République de ne pas s’engager en matière de nucléaire civil. En effet, celui-ci n’a laissé filtrer aucune décision sur la prolongation des 56 réacteurs du parc français au-delà de 40 ans, le couperet revenant à l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Il ne donne pas non plus de nouvelles indications sur la possibilité de construire de nouveaux réacteurs EPR pour remplacer le parc actuel, comme le demande EDF. Il ne devrait pas y avoir de décisions avant 2022 ou 2023.

Il précise toutefois : "Je n’ai jamais été partisan du tout nucléaire, mais l’atome doit être un pilier de notre mix énergétique pour les années à venir. Il faut aussi continuer de développer les énergies renouvelables car la France n’est pas au rendez-vous ni de ses engagements ni de ses ambitions. [...] Notre avenir économique et industriel passe par le nucléaire". Il ajoute : "Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie stratégique (…) Pourvu qu'on progresse sur les déchets et la sûreté".

Électricité décarbonée

Le 4 décembre, lors d’une interview au média Brut, il s’était montré bien plus allant sur l’atome précisant : "On a cette chance, ne la sacrifions pas (…) Nous, on produit une électricité qui est parmi les plus décarbonées au monde, grâce à quoi ? Grâce au nucléaire (…) Je ne peux pas le remplacer du jour au lendemain par du renouvelable. Ceux qui disent ça, c’est faux". Cette séquence sur l’atome a été saluée par les syndicats de Framatome, ainsi que par le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy qui affirme que "c'est une nouvelle page, une renaissance du nucléaire français".

En revanche du côté de Greenpeace, on juge cette visite, à quelques jours de l’anniversaire des cinq ans de l’accord de Paris, inappropriée : "En pleine période d'arbitrages autour des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, le Président de la République visite l'usine de Framatome au Creusot et sabote une nouvelle fois les engagements climatiques de la France en brandissant la fausse solution nucléaire".

Ludovic Dupin @LudovicDupin

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