Shell annonce que son pic de production de pétrole est dépassé

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Publié le 11 février 2021

Le temps est au changement pour nombre de pétroliers. Après que Total ait décidé de changer de nom pour traduire la diversification de son mix, Shell annonce une réduction de sa production de pétrole et de son intensité carbone. Il y a bien un avant et un après Covid pour Shell. La principale nouveauté est que l’entreprise acte que son pic de production de pétrole est désormais derrière elle.

Le pétrolier anglo-néerlandais Shell a été fortement touché par la crise du Covid-19, dévoilant plus de 20 milliards de dollars de pertes lors de la présentation de ses résultats le 4 février. Quelques jours plus tard, le pétrolier a révélé sa nouvelle stratégie climatique. L’objectif est d’atteindre une baisse de 100 % de son intensité carbone (CO2 émis par unité de chiffre d’affaires) en 2050, avec des étapes intermédiaires de l'ordre de 6 à 8 % d'ici 2023, 20 % d'ici 2030, 45 % d'ici 2035.

Parmi les mesures annoncées les plus frappantes, on note l’annonce de la réduction de la dépendance aux énergies fossiles. Le pétrolier prévoit une baisse de 1 à 2 % de sa production de pétrole chaque année. Shell précise que le pic de sa production de pétrole a été atteint en 2019, soit avant que la pandémie ne vienne porter un coup très dur au marché pétrolier. Cette décision est un changement complet du paradigme du secteur pétrolier qui a toujours basé sa stratégie sur une hausse de la production.

Shell’s target is to become a net-zero emissions energy business by 2050, in step with society.

It covers emissions from our own operations and from the end use of all energy products we sell. Read more: https://t.co/kvdr1tleZi #PoweringProgress #netzero

— Shell (@Shell) February 11, 2021

Compensation carbone

Par ailleurs, la multinationale va renforcer sa présence dans la technologie consistant à capturer le carbone, et va avoir recours à des mécanismes de compensation par le financement de projets verts pour équilibrer les émissions. Côté dépenses, il dit vouloir investir à court terme de 5 à 6 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, la fabrication de biocarburants ou encore les points de charge pour véhicules électriques.

Ce montant est toutefois à mettre en regard des 8 à 9 milliards de dollars par an qu'il investira dans le gaz et les produits chimiques. Sans compter les 8 milliards de dollars par an dans l'exploration et la production d'hydrocarbures. Le groupe assure toutefois que ses émissions carbone ont, elles, atteint leur plus haut en 2018 et vont désormais diminuer sensiblement.

Les annonces du jour n'ont pas convaincu analystes et ONG. "Sans engagement sur une réduction des émissions en valeur absolue grâce à des vraies coupes dans la production de pétrole, cette nouvelle stratégie ne peut pas marcher ni être prise au sérieux", tranche Mel Evans, de l'ONG Greenpeace. Elle fustige notamment le recours à la compensation carbone qui consiste à "planter des arbres", et le fait que Shell fasse reposer une partie de ses efforts sur le comportement de ses clients.

Basculement vers les renouvelables

De son côté, Russ Mould, analyste chez AJ Bell, note que "certains vont être surpris qu'il (le groupe, ndlr) ne soit pas plus incisif dans son basculement vers l'énergie renouvelable". Il note en particulier que les investissements en gaz et pétrole restent bien supérieurs à ceux dans les énergies "propres".

Mardi 9 février, c’est Total qui avait annoncé un changement de nom à l’occasion de la présentation de ses résultats (7 milliards d’euros de perte). Le groupe veut se rebaptiser TotalEnergies pour "affirmer sa volonté de se transformer en une compagnie multi-énergies pour répondre au double défi de la transition énergétique : plus d'énergie, moins d'émissions". Pour cela, l’entreprise envisage d’investir 60 milliards de dollars dans les renouvelables d’ici 2030.

Ludovic Dupin avec AFP

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