Transition énergétique : Comment la France a pris le virage de l'hydrogène

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Publié le 02 décembre 2021

Emmanuel Macron a confirmé sa volonté de faire de la France l'un des pays leaders en matière d'hydrogène. Il a annoncé une enveloppe supplémentaire de deux milliards d'euros pour soutenir la filière, dans le cadre du plan de relance France 2030. D'ores et déjà, plus d'une centaine de projets ont été répertoriés sur le territoire et 51 stations mises en service. L'objectif est de décarboner l'industrie et la mobilité. 

Devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030, c’est l’ambition réaffirmée par Emmanuel Macron mi-novembre. Le président de la République a annoncé le déblocage de près de deux milliards d’euros supplémentaires. Ce sont donc au total neuf milliards d’euros qui vont être fléchés pour permettre à la filière de changer d’échelle dans le cadre du plan de relance France 2030. Cette annonce a eu lieu lors de la visite du chef d’État de l’usine Genevia à Béziers, dans l’Hérault. Celle-ci est l’une des illustrations des progrès réalisés en seulement quelques années dans le domaine.

Genevia compte développer l’électrolyseur vert de demain, qui permettra de fabriquer de l’hydrogène issu d’énergies renouvelables, à partir d'un courant électrique injecté dans l’eau. Mais le challenge ici est de se passer de matières premières rares, comme le nickel, utilisées dans les électrolyseurs classiques. La particularité est aussi que le rendement avec ces électrolyseurs à haute température est supérieur d’une dizaine de points aux autres technologies. L'entreprise sera soutenue à hauteur de 200 millions d'euros par l'État.

125 projets en France

"Le mouvement est lancé et il ne s’arrêtera pas pour plusieurs raisons. L’urgence climatique n’est plus remise en cause et les coûts des technologies ont baissé et vont encore baisser avec la massification. Il y a une vraie impulsion en France, tous les signaux sont au vert et nous avons tous les ingrédients pour réussir. L’hydrogène n’est plus utopique" résume Philippe Boucly, président de France Hydrogène, l'association qui fédère les acteurs de la filière. Celle-ci dénombre 125 projets sur le territoire et 51 stations à hydrogène.

Parmi elles, il y a la station Auxhygen, à Auxerre, pilotée par Hynamics, une filiale d’EDF. C’est le plus grand site de production et de distribution d’hydrogène propre en France. Il est installé sur un ancien dépôt de Shell, tout un symbole puisque l’un des objectifs de l’hydrogène est de décarboner la mobilité. Le site alimente cinq bus de l’agglomération. Et d’ici 2025, quatre bus supplémentaires et même des TER rouleront à l’hydrogène. En Vendée, à Bouin, c’est la première usine au monde d’hydrogène vert produit à partir d’éoliennes qui a été inauguré fin septembre par la licorne verte Lhyfe. Elle produit 300 kilogrammes d’hydrogène par jour et vise la tonne en 2022, de quoi alimenter une cinquantaine de véhicules lourds.

"Nous sommes au début d’une formidable aventure qui va permettre de changer notre paradigme énergétique. Un peu comme à l’époque des Rockefeller et de la découverte de l’or noir. Sauf que notre objectif à nous n’est pas d’être valorisés à un milliard de dollars, ce qui profite à quelques-uns, mais d’éviter un milliard de tonnes de CO2 au bénéfice de tous", précise Matthieu Guesné, président et fondateur de Lhyfe, cité dans Le Point. Une vingtaine de villes ont déjà opté pour des bus à hydrogène, les constructeurs français développent des utilitaires à hydrogène et pour la première fois, un train à hydrogène a circulé en France début septembre sur quelques kilomètres pour une phase d’essai.

"Il nous reste encore une falaise à gravir" 

Les projets déposés auprès de l’Ademe ne cessent également d’augmenter avec des prix divisés par deux depuis cinq ans, autour de 8 euros le kilogramme d’hydrogène. "Il y a cinq ans on en était aux démonstrateurs, aujourd'hui ce sont des offres commerciales. On voit arriver des chargeurs et des transporteurs qui veulent expérimenter l'hydrogène en conditions réelles", constate Luc Bodineau, coordinateur du programme hydrogène de l'Ademe dans les Échos. "Malgré toutes ces avancées, il nous reste encore une falaise à gravir" prévient toutefois Philippe Boucly.

Il pointe du doigt les retards accumulés dans le versement des aides mais aussi dans le développement des énergies renouvelables pour faire de l’hydrogène vert. L’hydrogène doit permettre de décarboner les industries les plus émettrices (acier, ciment…) ainsi que la mobilité lourde. Le développement d'une filière française permettrait aussi la création de 50 000 à 100 000 emplois d'ici à 2030, selon l'Elysée. "La bataille pour l'hydrogène, c'est une bataille pour l'industrie, c'est une bataille pour se déplacer, c'est une bataille pour l'écologie et c'est une bataille pour la souveraineté", a résumé Emmanuel Macron.

Concepcion Alvarez @conce1

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